Publié le 19 novembre 2025. Un forum organisé à Quezon City, aux Philippines, a rassemblé des militants et des experts pour dénoncer la complicité des États, des institutions et des entreprises dans le conflit israélo-palestinien, à l’approche de la Journée internationale de solidarité avec le peuple palestinien.
- Des mouvements sociaux philippins et des défenseurs des droits humains ont convergé pour discuter de l’impunité entourant le génocide en Palestine.
- Les participants ont souligné la nécessité d’une coopération Sud-Sud renforcée et du rôle crucial des jeunes dans la recherche de la justice et de l’autodétermination.
- Le forum a mis en lumière la complicité des entreprises dans divers secteurs, notamment la cybersécurité, l’agro-industrie et l’énergie.
À Quezon City, aux Philippines, un forum a réuni des représentants de la société civile, des militants et des experts pour examiner les responsabilités liées au conflit israélo-palestinien. Organisé à l’initiative de divers mouvements sociaux philippins, cet événement s’est tenu quelques jours avant la Journée internationale de solidarité avec le peuple palestinien, le 29 novembre. L’objectif principal était de dénoncer la complicité des États, des institutions et des entreprises dans ce que plusieurs participants ont qualifié de « génocide en Palestine ».
Le forum s’est ouvert sur une performance poignante du Théâtre municipal et de Youth for Nationalism and Democracy, interprétant la chanson « Je ne permettrai pas », écrite par le militant et compositeur philippin Rom Dongeto. Les paroles, chargées d’émotion, ont résonné avec les participants :
« Il existe de nombreuses villes dans le monde
Constamment perturbé
La guerre continuera
Pendant que quelqu’un règne
Nous n’avons pas de silence »Rom Dongeto, militant et compositeur philippin
DJoanna Janier, de la Coalition Stop the War – Philippines, a expliqué la raison de cette rencontre : « Nous nous réunissons à un moment critique : depuis plus de deux ans, un génocide se déroule en temps réel sur nos écrans. Nous avons vu les bombes, la destruction et la famine forcée. » Elle a également critiqué la récente résolution du Conseil de sécurité des Nations Unies (CSNU) concernant Gaza, la jugeant insuffisante car elle ne garantit pas la fin de l’occupation ni le droit à l’autodétermination du peuple palestinien.
Mohammad Salameh, membre du comité directeur du réseau d’ONG palestiniennes, a dénoncé le plan de « paix » proposé par l’administration Trump, le qualifiant de « simple imposition d’un nouveau mandat colonial ». Il a plaidé pour la formation d’une coalition mondiale anti-apartheid afin de contrer l’impunité dont bénéficient les acteurs impliqués dans le conflit.
Tanya Lee Roberts-Davis, ancienne élève du Centre Al-Haq de droit international appliqué, a exposé les différents secteurs dans lesquels des entreprises sont impliquées dans le génocide, notamment la cybersécurité, l’agro-industrie, l’énergie et l’hôtellerie. Elle a également mis en évidence les contrats conclus par Israël avec la Banque asiatique de développement (BAD), soulignant leur implication dans des projets de développement, y compris ceux liés à la « transition énergétique verte » aux Philippines. Elle a appelé à une mobilisation contre les entreprises identifiées par le Mouvement de boycott, désinvestissement et sanctions (BDS).
Roberts-Davis a précisé qu’Israël utilise les territoires palestiniens comme terrain d’essai pour des technologies, notamment des tireurs intelligents, des drones et l’intelligence artificielle, qui sont ensuite utilisées contre les défenseurs des droits humains. Elle a également souligné les efforts d’Israël pour établir des partenariats avec des entreprises technologiques et agroalimentaires en Asie du Sud-Est, profitant notamment de la contamination des terres palestiniennes.
Les participants ont également dénoncé le refus d’accès à l’eau pour les communautés palestiniennes, le détournement du Jourdain, la destruction des infrastructures hydrauliques et la destruction des panneaux solaires alimentant les hôpitaux et les zones résidentielles de Gaza. Ironiquement, la même industrie israélienne collabore avec une entreprise solaire philippine pour installer des panneaux solaires sur les toits de Manille, grâce à des contrats avec la BAD.
En conclusion, Roberts-Davis a insisté sur l’importance de ne pas ignorer les liens entre militarisation, apartheid et génocide, soulignant que l’impunité ne peut être tolérée. « Si le génocide, l’écocide, l’anéantissement des écoles et l’utilisation de mercenaires… si l’apartheid n’est pas une ligne rouge pour nous – non seulement en tant qu’OSC, mais en tant qu’humanité, alors qu’est-ce qui l’est ? » a-t-elle interrogé.
Joseph Purugganan, codirecteur de Focus on the Global South, a critiqué le manque de couverture médiatique adéquate du génocide, mentionnant le rapport de Francesca Albanese, rapporteure spéciale des Nations Unies, sur la complicité des entreprises dans l’économie de l’occupation et du génocide (juillet 2025). Il a appelé à une responsabilisation des médias occidentaux et à un soutien aux journalistes tués en documentant le conflit.
Le forum s’est achevé par un appel à l’action de Luna Casanova, de Youth for Nationalism and Democracy, qui a souligné les liens entre les Philippines et la Palestine, dans un contexte mondial marqué par l’agression de l’impérialisme américain. Elle a dénoncé le statut des Philippines en tant que base militaire avancée pour les États-Unis, soulignant que le pays est traité comme une simple rampe de lancement pour les opérations militaires américaines.
Les participants ont réaffirmé leur engagement envers la lutte pour la paix, la justice et l’autodétermination du peuple palestinien, appelant à l’isolement du régime israélien et à la dénonciation de la complicité des gouvernements étrangers. Ils ont souligné que les luttes des Philippins et des Palestiniens sont liées par un ennemi commun – l’impérialisme – et par un objectif commun : un monde libéré de l’occupation, de l’exploitation et de l’oppression. « Des oliveraies de Palestine aux rizières des Philippines, nous nous lèverons ensemble ! » ont-ils conclu.
