Publié le 26 décembre 2025 à 13h47. Une série d’articles récents explore le lien croissant entre les maladies infectieuses, la réponse immunitaire et les troubles neuropsychiatriques, suggérant que des infections passées pourraient jouer un rôle insoupçonné dans le développement de problèmes de santé mentale et même de comportements violents.
- Des infections antérieures, notamment celles transmises par des vecteurs comme les tiques, pourraient être associées à des changements durables dans la cognition, l’humeur et le comportement.
- L’inflammation induite par l’infection pourrait altérer les circuits neuronaux impliqués dans la perception des menaces et le contrôle des impulsions, contribuant potentiellement à la violence.
- Une approche multidisciplinaire, intégrant les maladies infectieuses, la psychiatrie et la santé publique, est nécessaire pour mieux comprendre et prévenir ces liens complexes.
Le psychiatre Robert C. Bransfield a mis en lumière une interface souvent négligée entre le système immunitaire et le cerveau, soulignant que des symptômes psychiatriques peuvent apparaître des mois, voire des années, après une infection. Ses travaux, présentés dans une série d’articles publiés récemment, suggèrent que la dérégulation immunitaire persistante, plutôt qu’une infection active, pourrait être à l’origine de ces troubles.
Bransfield explique que l’exposition à des agents pathogènes, tels que ceux transmis par les tiques comme la maladie de Lyme, peut déclencher une cascade d’événements inflammatoires et de modifications de l’expression génique qui affectent les circuits neuronaux responsables de la régulation émotionnelle et du contrôle des impulsions. Il observe que ces manifestations retardées se présentent souvent sous forme de dépression, d’anxiété, de troubles cognitifs ou de changements de personnalité qui ne répondent pas aux traitements psychiatriques classiques.
Au-delà des cas individuels, la série d’articles explore les implications au niveau de la population. Bransfield s’appuie sur des cadres écologiques et environnementaux pour examiner comment la perturbation des écosystèmes et les zoonoses peuvent influencer l’agressivité et l’instabilité sociale. Il évoque également « l’hypothèse de la manipulation microbienne », qui suggère que certains micro-organismes pourraient influencer le comportement de leurs hôtes.
Bransfield souligne l’importance de considérer la violence non pas uniquement comme un problème moral ou criminel, mais comme un processus potentiellement pathologique. Il plaide pour une approche similaire à celle utilisée dans d’autres maladies neurologiques, avec des analyses de cas, des études épidémiologiques et la création de biobanques pour collecter des échantillons de tissus cérébraux.
Pour passer de la sensibilisation à la prévention, Bransfield propose de s’inspirer des enquêtes de sécurité, qui visent à identifier les causes des accidents et à mettre en place des mesures correctives pour éviter qu’ils ne se reproduisent. Il suggère d’examiner les antécédents infectieux des personnes incarcérées pour déterminer si des liens peuvent être établis avec leur comportement violent.
Il appelle également à une collaboration accrue entre les différents domaines de la santé, notamment les maladies infectieuses, la psychiatrie, la santé publique et la médecine environnementale, dans le cadre d’une approche « One Health » plus large. Il insiste sur la nécessité d’investir dans l’éducation et la recherche, et de développer des systèmes de données partagés pour mieux comprendre ces liens complexes.
« Lorsque nous prenons conscience qu’il existe un lien entre l’infection et la maladie mentale, les changements environnementaux et l’infection, la maladie mentale, cette séquence et la violence, cela ouvre de nombreuses possibilités d’intervention pour empêcher que cette séquence ne se produise. »
Robert C. Bransfield, psychiatre
Bransfield replace son travail dans l’évolution de la pensée psychiatrique, rappelant que les classifications diagnostiques ont évolué au fil du temps. Il souligne que la simplification des catégories diagnostiques a ses limites et qu’il est essentiel de reconnaître la complexité des facteurs qui contribuent aux maladies mentales et à la violence.
Pour en savoir plus, consultez le premier épisode de la série : ici.
