Publié le 14 octobre 2025 à 01h19. Une nouvelle étude révèle que la propagation des idées en ligne, qu’il s’agisse de rumeurs ou de tendances, n’est pas un simple processus de duplication, mais un phénomène dynamique où l’information elle-même évolue et gagne en intensité au fur et à mesure de sa diffusion.
- Les idées virales ne se contentent pas de se répandre, elles se transforment, amplifiant leur impact.
- Ce modèle, inspiré de la propagation des incendies de forêt, pourrait aider à mieux comprendre et à contrer la désinformation.
- Les modèles traditionnels de viralité, considérant l’information comme statique, ne rendent pas compte de cette dynamique de changement.
Des théories du complot aux dernières modes, certaines idées explosent sur le web, captivant l’attention et façonnant les débats, tandis que d’autres peinent à trouver un écho. Pourquoi certaines informations deviennent-elles virales et d’autres s’éteignent-elles sans laisser de trace ? Des chercheurs de l’Université du Vermont et de l’Institut de Santa Fe ont cherché à répondre à cette question en développant un modèle inédit, publié dans la revue Physical Review Letters. Ce modèle considère l’information non pas comme une entité figée, mais comme un phénomène en constante évolution, dont l’intensité varie au cours de sa propagation, un peu comme un incendie de forêt qui s’auto-alimente.
Contrairement aux approches classiques qui assimilent une blague, une idée ou même un virus à un élément invariable lors de sa circulation, cette nouvelle étude démontre que la capacité d’une information à modifier son intensité pendant sa transmission est un facteur clé de la viralité observée en ligne. Cette découverte pourrait avoir des implications importantes dans la lutte contre la désinformation, en permettant d’identifier les mécanismes par lesquels une information gagne ou perd en force au sein des réseaux numériques.
Pour en savoir plus sur cette recherche, nous avons interrogé Sid Redner, professeur à l’Institut de Santa Fe et co-auteur de l’étude.
« Je ne peux pas expliquer pourquoi, en général, les choses deviennent virales : c’est une sorte de processus aléatoire. Mais l’idée de base de notre modèle est que lorsque quelque chose comme une rumeur, une mode ou quelque chose de contagieux devient populaire, d’une manière ou d’une autre, la qualité de la mode elle-même change parce que de plus en plus de gens le font. »
Sid Redner, professeur à l’Institut de Santa Fe
L’analogie avec un incendie de forêt est frappante. Au début, un feu de forêt dégage peu de chaleur. Mais à mesure qu’il s’étend, la chaleur qu’il produit réchauffe l’air ambiant, facilitant ainsi sa propagation. De même, une idée qui gagne en popularité peut subir des transformations qui renforcent son impact.
« Si vous imaginez un incendie de forêt : lorsqu’il se déclare, il ne fait pas très chaud autour de lui. Vous pouvez vous en approcher à quelques mètres et vous ne ressentirez pas beaucoup de chaleur. Mais à mesure qu’il s’agrandit, la chaleur générée par le feu réchauffe l’air qui l’entoure et se propage ainsi plus facilement. »
Sid Redner, professeur à l’Institut de Santa Fe
Cette mutation, ou amplification, est essentielle. Prenons l’exemple d’une épidémie de grippe : le virus peut évoluer, devenant plus virulent ou plus contagieux. Ce phénomène est intégré dans le modèle développé par les chercheurs.
« Disons que lors d’une épidémie, vous attrapez la grippe. La nature de la grippe est, en gros, — à l’exception des quelques rares personnes qui en meurent — plus ou moins la même pour tout le monde. Vous vous sentez malheureux pendant quelques jours ou une semaine. Mais parfois, le virus de la grippe mute de sorte qu’il ait des effets plus graves, ou il mute vers une forme où davantage de personnes pourraient l’attraper – ou il fait les deux en même temps. »
Sid Redner, professeur à l’Institut de Santa Fe
Appliqué aux réseaux sociaux, cela signifie qu’un message qui est relayé et modifié, enrichi ou amplifié par les utilisateurs, a plus de chances de devenir viral qu’un message reproduit à l’identique.
« C’est une très bonne analogie. Oui, c’est comme si le message lui-même pouvait avoir une certaine qualité ; par exemple, vous racontez une blague ; c’est plutôt drôle, mais si quelqu’un l’embellit pour que ça devienne plus drôle, alors cette amélioration permet à la blague de se propager plus facilement. »
Sid Redner, professeur à l’Institut de Santa Fe
Ce modèle se distingue des approches antérieures qui considéraient la propagation de l’information comme un simple arbre ramifié, où l’élément transmis reste constant. Les chercheurs ont été inspirés par l’observation du comportement des oiseaux sur des fils électriques et des bancs de poissons, où une perturbation initiale peut déclencher une réaction en chaîne.
« À ma connaissance de la littérature, l’attribut physique réel qui se propage ne change pas à mesure qu’il se propage. C’est juste que tout le monde a un certain taux de susceptibilité à rejoindre la mode ou à tomber malade. »
Sid Redner, professeur à l’Institut de Santa Fe
Si l’application de ce modèle à la désinformation est encore à l’étude, les chercheurs estiment qu’il pourrait contribuer à une meilleure compréhension du paysage informationnel actuel et à l’élaboration de stratégies plus efficaces pour lutter contre la propagation de fausses nouvelles.
« Je n’ai pas de réponse à cette question pour le moment, car notre modèle est purement abstrait. Nous ne l’avons pas appliqué à des données réelles ni essayé de créer un modèle pour quelque chose comme la désinformation ou la mésinformation. »
Sid Redner, professeur à l’Institut de Santa Fe
L’originalité de cette étude réside dans sa capacité à prendre en compte la dynamique de changement de l’information elle-même, un aspect souvent négligé par les modèles traditionnels.
Pour en savoir plus sur le discours de Trump et Hegseth aux généraux, consultez cet article de CBS News.
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