La Banque centrale européenne (BCE) pourrait bien reporter toute nouvelle baisse de ses taux d’intérêt, malgré un contexte économique mondial incertain et des tensions politiques persistantes, notamment en France. Les marchés financiers, bien que moins volatils, semblent anticiper un statu quo monétaire à court terme, tandis que les risques de déstabilisation se multiplient.
La conjoncture actuelle est marquée par une croissance économique européenne fragile, illustrée par les indices d’activité à venir, et une désinflation qui pourrait s’accentuer. Cette dernière est d’autant plus préoccupante qu’elle pourrait être amplifiée par un ralentissement de la croissance aux États-Unis et en Chine, affectant directement les perspectives de la zone euro. « Si la croissance ne s’accélère pas de manière significative, si l’euro se renforce et si le pétrole recule, des arguments en faveur d’une ou même de deux baisses de taux pourraient être facilement avancés », estiment les analystes.
La situation politique française représente un facteur de risque majeur. Le Premier ministre Gabriel Lecornu doit présenter son programme budgétaire au Parlement, ouvrant la voie à des négociations potentiellement houleuses. L’opposition, tant à l’extrême droite qu’à l’extrême gauche, a déjà déposé des motions de censure, dont l’examen est prévu dès mercredi ou jeudi. Les paris politiques donnent une probabilité supérieure à 60 % de voir des élections législatives anticipées organisées avant la fin de l’année.
Les marchés financiers semblent déjà intégrer ce risque politique, comme en témoignent les écarts de taux d’intérêt entre les obligations d’État françaises et les obligations allemandes (Bunds), qui se situent actuellement autour de 83 points de base. Cependant, la perspective d’une dégradation de la note de crédit de la France par les agences Moody’s et S&P, après la décision de Fitch en septembre, maintient une pression supplémentaire sur les marchés. La dynamique politique autour de la réforme des retraites sera également scrutée de près par ces agences.
À court terme, les investisseurs surveilleront attentivement les données économiques à venir. Ce mardi, les chiffres de l’emploi au Royaume-Uni ont été publiés, tandis que les indices d’activité allemands et de la zone euro sont attendus. Aux États-Unis, l’indice PMI sera également suivi de près, en l’absence de données officielles plus complètes. Par ailleurs, Jerome Powell, président de la Réserve fédérale américaine, s’exprimera sur les perspectives économiques et la politique monétaire.
Côté offres de titres, les Pays-Bas lanceront une vente aux enchères de 2,5 milliards d’euros de dette à six ans, le Royaume-Uni une syndication estimée à 8 à 10 milliards de livres sterling (environ 9,4 à 11,8 milliards d’euros), l’Italie des BTP pour 8,5 milliards d’euros, et l’Allemagne des Schatz à deux ans pour 5,5 milliards d’euros.