Home Des sportsDe Ronald Araujo à Simone Biles : pourquoi la santé mentale n’est plus un tabou dans le sport (même au Pérou) | SONT

De Ronald Araujo à Simone Biles : pourquoi la santé mentale n’est plus un tabou dans le sport (même au Pérou) | SONT

by Camille Renault

Publié le 2024-02-29 14:35:00. De plus en plus de sportifs de haut niveau révèlent leurs difficultés psychologiques, remettant en question la pression extrême exercée sur les athlètes et soulignant l’importance cruciale du soutien mental dans la performance.

  • Des cas comme ceux de Ronald Araujo, Cristiano Ronaldo et Simone Biles mettent en lumière la vulnérabilité des sportifs face à la dépression et à l’anxiété.
  • Le rôle du psychologue du sport évolue, passant d’une présence imposée à un accompagnement essentiel sur le terrain.
  • La gestion de la défaite et la maîtrise de soi sont des éléments clés pour préserver la santé mentale des athlètes.

Le monde du sport de haut niveau, souvent associé à la performance, à la force physique et à la technique, est de plus en plus confronté à une réalité moins visible mais tout aussi importante : la santé mentale de ses athlètes. Récemment, plusieurs figures emblématiques ont brisé le silence, révélant des luttes personnelles qui interrogent les exigences et la pression exercées sur les sportifs de haut niveau.

Le cas de Ronald Araujo, défenseur du FC Barcelone, a récemment illustré cette problématique. Confronté à des épreuves personnelles et professionnelles, il a relancé le débat sur l’environnement parfois toxique au sein du club catalan. Parallèlement, les aveux de Cristiano Ronaldo en 2022, évoquant un état dépressif suite à la perte de son fils, et la décision de Simone Biles de se retirer des Jeux olympiques de Tokyo 2020, démontrent que même les plus grandes « superstars » ne sont pas à l’abri de troubles émotionnels.

José Antonio Valdivielso, responsable du Service de Psychologie du Sport du Club de régate de Lima, observe une évolution significative dans la perception du rôle du psychologue sportif. Il souligne que ce dernier est passé d’une figure « imposée » par la direction à un membre fondamental « sur le terrain », capable d’intervenir précocement pour prévenir des situations critiques.

« Je ne porte ni cravate ni blouse blanche, car cela donne une connotation clinique qui génère une résistance chez l’athlète. »

José Antonio Valdivielso, responsable du Service de Psychologie du Sport du Club de régate de Lima

Valdivielso se décrit comme un psychologue « de terrain ». Pour lui, l’intégration est la clé de la santé mentale de l’athlète. En portant le sweat-shirt de l’équipe, en participant aux entraînements et aux déplacements, le psychologue devient un allié, travaillant de manière préventive sur la cohésion du groupe et le développement de la maîtrise de soi individuelle.

Apprendre à perdre pour gagner

L’un des aspects les plus délicats dans la gestion de la santé mentale de sportifs comme Araujo ou Ronaldo est la capacité à gérer la défaite et la pression extérieure. Valdivielso insiste sur la nécessité d’« éliminer la peur de la défaite » et de la considérer comme une composante inhérente à la pratique sportive.

« On ne force pas l’athlète à gagner, mais on lui demande de donner le meilleur de lui-même », explique-t-il. Pour éviter que la pression ne devienne paralysante, le travail psychologique se concentre sur plusieurs axes :

  • Accepter l’erreur : comprendre qu’un penalty manqué ou une occasion ratée relève d’une probabilité statistique et ne constitue pas un échec personnel.
  • Objectifs réalistes : se fixer des objectifs de performance (atteindre un certain pourcentage de réussite) plutôt que de se focaliser uniquement sur le résultat final, ce qui peut engendrer frustration et dépression.
  • Maîtrise de soi : utiliser des techniques de respiration et contrôler les pensées négatives, tant pendant la compétition que dans la vie quotidienne.

Le mythe sportif du mental à 90%

Un cliché tenace persiste dans le monde du sport, selon lequel la performance serait « à 90 % mentale ». Valdivielso est catégorique : « Ce n’est pas vrai. » La performance dépend en réalité de quatre facteurs interconnectés : la technique, le physique, la tactique et le mental.

« L’entraînement, c’est ce qui donne confiance en soi », précise le spécialiste. Sans une base physique et technique solide, l’esprit ne peut pas accomplir de miracles. À haut niveau, la préparation mentale est la « cerise sur le gâteau » : elle permet de faire la différence dans des situations d’égalité maximale, en garantissant la réussite ou en scellant l’échec.

L’exemple de Cristiano Ronaldo a démontré l’impact direct de la douleur personnelle sur la performance professionnelle. D’autres cas illustrent également l’importance d’un accompagnement psychologique, comme celui d’Emiliano ‘Dibu’ Martínez, qui a toujours souligné son travail en étroite collaboration avec son psychologue, notamment lors d’événements majeurs comme la Coupe du monde qatarie.

Valdivielso insiste sur l’importance de considérer l’athlète comme une personne à part entière, et non uniquement comme un sportif. L’intervention psychologique ne doit pas se limiter aux moments de crise, mais constituer un véritable outil de prévention, permettant aux joueurs de gérer leur anxiété et de maintenir un équilibre, tant dans la victoire que dans l’adversité.

Dans un contexte où le « manque d’attitude » est souvent pointé du doigt en cas de défaite, mais où la préparation mentale est négligée en cas de succès, des voix comme celle de Valdivielso rappellent qu’un esprit sain est le moteur qui permet à un athlète de se dépasser sur le terrain, sans pour autant s’effondrer.

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