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Début d’un essai clinique d’un médicament contre le Chikungunya à Cuba

by Sophie Martin

Publié le 6 novembre 2025 à 16h51. Face à une recrudescence du Chikungunya à Cuba, les autorités sanitaires lancent un essai clinique avec le médicament Jusvinza pour soulager les douleurs articulaires chroniques des patients convalescents, tout en étant confrontées à des critiques sur la prévention et l’accès aux soins de base.

  • Un essai clinique avec le médicament Jusvinza débute dans quatre hôpitaux de La Havane et Matanzas pour traiter la polyarthrite résiduelle post-Chikungunya.
  • Cuba est confrontée à une épidémie de Chikungunya, avec plus de 20 000 cas signalés jusqu’au 5 novembre, ainsi qu’à la circulation de la dengue et de l’Oropouche.
  • L’annonce de cet essai suscite des réactions mitigées, entre espoir de soulagement et critiques concernant le manque de prévention et les pénuries de médicaments essentiels.

Les autorités sanitaires cubaines ont entamé un essai clinique avec le médicament Jusvinza, un peptide immunorégulateur synthétique, pour traiter les douleurs articulaires persistantes chez les patients se remettant du Chikungunya. L’étude, approuvée par le Ministère de la Santé Publique (MINSAP) et le Comité d’Innovation en Santé, se déroulera dans quatre hôpitaux situés à La Havane et à Matanzas, deux des régions les plus touchées par le virus ces dernières semaines.

L’objectif principal de cette recherche est d’évaluer l’efficacité de Jusvinza dans la réduction des douleurs et de l’inflammation articulaires, des séquelles fréquentes et invalidantes du Chikungunya qui peuvent affecter la qualité de vie des patients pendant des mois, voire des années. BioCubaFarma, le groupe pharmaceutique public, a annoncé l’initiative sur ses réseaux sociaux.

Jusvinza a été initialement développé pour le traitement de la polyarthrite rhumatoïde. Durant la pandémie de COVID-19, il a également été utilisé chez des patients atteints de formes graves de la maladie pour contrôler les réactions inflammatoires. L’utilisation de ce médicament contre le Chikungunya représente une nouvelle orientation thérapeutique, ciblant la phase de convalescence d’une maladie virale qui affecte actuellement des dizaines de milliers de Cubains.

Selon BioCubaFarma, cette stratégie répond à la « nécessité d’apporter une réponse aux conséquences chroniques laissées par le virus » et s’inscrit dans un plan national plus large de lutte contre les maladies transmises par des vecteurs.

Un contexte épidémiologique préoccupant

L’annonce de cet essai intervient alors que Cuba est confrontée à une situation épidémiologique complexe. Le MINSAP a confirmé la circulation active de trois virus : le Chikungunya – qui a actuellement le plus grand impact –, la dengue et l’Oropouche. Jusqu’au 5 novembre, plus de 20 000 cas de Chikungunya ont été officiellement recensés.

Francisco Durán, directeur national de l’épidémiologie, a souligné la difficulté de la situation, notamment dans les provinces de La Havane, Cienfuegos et Matanzas. Les autorités ont renforcé les opérations de fumigation et de lutte anti-vectorielle, en déployant des véhicules spécialisés et en ciblant les zones à risque. Cependant, de nombreuses communautés se plaignent du caractère sporadique, insuffisant, voire inexistant de ces campagnes dans certaines municipalités.

Réactions mitigées : entre espoir et scepticisme

L’annonce de l’essai clinique a suscité des réactions variées sur les réseaux sociaux, allant du soutien aux critiques concernant la gestion de la santé. Certains internautes ont salué cette initiative, décrivant les symptômes persistants du Chikungunya comme une « douleur invalidante » et une « perte totale de qualité de vie ». Les personnes convalescentes ont exprimé leur souhait de participer à l’étude.

D’autres ont mis en évidence le manque de soins préventifs et les lacunes du système de santé. Un internaute s’est interrogé :

« Pourquoi n’y a-t-il pas d’analgésiques, d’antipyrétiques ou de sérums de réhydratation orale dans les pharmacies ? Comment se fait-il que les bases ne soient pas garanties, mais qu’un essai avec un médicament de haute technologie soit lancé ? »

Un autre utilisateur a souligné :

« La prévention est plus économique et plus efficace que le traitement des conséquences. Ce qui est urgent, c’est la lutte antivectorielle. Le virus n’est pas nouveau, pourquoi ne réagit-on que maintenant ? »

La critique la plus fréquente est que la stratégie privilégie la phase de guérison de la maladie au détriment d’investissements plus importants dans la prévention, notamment l’élimination des moustiques vecteurs. Certains utilisateurs ont également évoqué des approches internationales, telles que l’utilisation de la bactérie Wolbachia ou la modification génétique des vecteurs, qui n’ont pas encore été mises en œuvre à grande échelle à Cuba.

Informations manquantes sur l’essai clinique

Pour l’heure, aucun détail précis n’a été divulgué concernant les critères d’inclusion dans l’essai, ni le calendrier prévu pour son déroulement ou ses éventuelles phases ultérieures. On ignore également si, en cas de résultats positifs, le médicament sera accessible gratuitement aux patients souffrant de séquelles du virus ou s’il sera intégré au système de santé publique.

En réponse aux questions des citoyens, BioCubaFarma a indiqué que l’essai est essentiel pour élargir légalement l’indication du médicament et que des protocoles sont en place pour « accélérer les temps d’étude sans affecter la qualité du processus ». Cependant, de nombreux patients craignent que les résultats n’arrivent trop tard :

« Lorsque l’essai sera terminé, nous aurons déjà subi toutes les conséquences du virus et ne bénéficierons probablement pas du traitement »

Transparence et accès aux soins : des défis persistants

Les commentaires sur les réseaux sociaux mettent en lumière le décalage entre la recherche scientifique et les soins quotidiens. Plusieurs provinces signalent une pénurie de médecins, des difficultés d’accès aux hôpitaux, un manque de médicaments de base et des effets indésirables liés à des traitements improvisés.

Le MINSAP a recommandé d’éviter l’automédication et a déconseillé l’utilisation de l’ibuprofène dans les premiers stades du Chikungunya, sans préciser clairement quels traitements sont disponibles pour soulager les symptômes aigus. Des plaintes persistent également concernant la corruption liée aux services de fumigation et à la vente illégale de médicaments essentiels, dont les prix sur le marché noir dépassent largement le salaire mensuel moyen.

Bien que l’essai clinique de Jusvinza puisse représenter une opportunité réelle d’atténuer les conséquences du Chikungunya, il révèle également les limites structurelles du système de santé cubain, marquées par la désorganisation, les pénuries et le manque de réactivité. La science cubaine progresse, mais la santé publique nécessite plus que des essais cliniques : elle exige cohérence, transparence et une capacité à répondre à une crise qui affecte la vie quotidienne de millions de personnes.

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