Publié le 2 octobre 2025 à 07h52. Des manifestations étudiantes ont secoué plusieurs villes marocaines, dénonçant la priorité accordée aux infrastructures sportives au détriment de l’amélioration des services publics essentiels comme la santé et l’éducation.
- Des rassemblements importants ont eu lieu à Rabat, Casablanca, Fès et Agadir, appelant à des investissements accrus dans les hôpitaux et le personnel médical et éducatif.
- Les manifestants estiment que le gouvernement privilégie les préparatifs pour la Coupe d’Afrique des Nations 2025 et la Coupe du Monde 2030 au détriment des besoins fondamentaux des citoyens.
- Des arrestations ont été signalées lors des manifestations, suscitant des critiques quant à la réponse des forces de l’ordre.
La mobilisation actuelle s’inscrit dans la continuité des mouvements sociaux qui ont marqué le Maroc depuis 2011, lors du Printemps arabe, où les jeunes réclamaient des réformes politiques et sociales. Aujourd’hui, la génération Z marocaine, surnommée “Gil Z”, exprime son mécontentement face à la détérioration des services de base.
Les manifestants dénoncent un déséquilibre flagrant dans les priorités gouvernementales. Ils pointent du doigt l’allocation de milliards de dirhams (environ 9,4 milliards de dollars pour l’éducation en 2025) à la construction de stades et d’hôtels en vue des compétitions sportives, tandis que les hôpitaux manquent de matériel et que les écoles sont surpeuplées.
L’incident qui a déclenché la vague de protestations est la mort de huit femmes à l’hôpital Hassan II d’Agadir, suite à des complications lors d’accouchements par césarienne. Cet événement a valu à l’hôpital le surnom de “l’hôpital de la mort” et a mis en lumière les carences du système de santé public.
Selon les observateurs, ces manifestations sont un cri de désespoir face à une situation jugée intenable. Les jeunes Marocains estiment que l’État a abandonné les services publics au profit de la privatisation, laissant une partie de la population, notamment dans les zones rurales et éloignées, sans accès à des soins de qualité.
Plusieurs témoignages recueillis par la BBC illustrent ce sentiment de frustration. Aya, 20 ans, confie :
« Chaque Marocain a une histoire avec les hôpitaux, que ce soit la sienne ou celle de sa famille. Nous avons peur d’aller dans les hôpitaux publics en raison de la détérioration des conditions, tandis que le coût du traitement dans le secteur privé augmente. »
Muhammad, 22 ans, va plus loin et demande la démission du Premier ministre, l’accusant de mener une politique responsable de la crise actuelle. Des incidents violents ont éclaté lors de manifestations à Oujda et Ulegane, mais les organisateurs affirment que les protestations sont restées pacifiques dans leur ensemble.
Najia Adeeb, présidente de l’association “Maktissh Awladi” (Ne touchez pas mes enfants), souligne la nécessité d’un dialogue constructif avec les autorités, tout en condamnant les dégradations de biens publics.
« La méthode de protestation a soulevé des questions, surtout après que certains manifestants ont agressé des biens publics et des voitures en feu. Il est nécessaire d’adopter la méthode du dialogue et de la communication avec les autorités concernées, étant donné que le chaos aggravera les choses. »
Le gouvernement a réagi en exprimant sa volonté de répondre aux revendications des manifestants. La présidence de la majorité gouvernementale a déclaré qu’elle était à l’écoute des préoccupations de la jeunesse et qu’elle était prête à engager un dialogue pour trouver des solutions réalistes. Cependant, cette déclaration a été accueillie avec scepticisme par certains observateurs, qui estiment qu’elle ne répond pas aux attentes des manifestants.
La question de l’organisation de la Coupe d’Afrique des Nations 2025 et de la Coupe du Monde 2030 est également au cœur des débats. Si certains y voient une opportunité de promouvoir l’image du Maroc et d’attirer des investissements, d’autres craignent que les coûts de ces événements ne pèsent trop lourdement sur le budget de l’État. Selon Atlas Capital, le Trésor public allouera environ 25 milliards de dirhams (environ 2,5 milliards de dollars) à la construction de stades et de centres de formation, auxquels s’ajouteront 17 milliards de dirhams (1,7 milliard de dollars) de financement bancaire ou de prêts privés.
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La crise du secteur de la santé est également marquée par une fuite des compétences, avec plus de 10 000 médecins marocains travaillant actuellement à l’étranger, selon le Conseil national des droits de l’homme. Le Maroc aurait besoin de plus de 32 000 médecins supplémentaires pour atteindre les normes de l’Organisation mondiale de la santé.
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