Publié le 7 janvier 2025. Une étude révolutionnaire du Fox Chase Cancer Center révèle que l’oncogène ERG, impliqué dans la moitié des cancers de la prostate, agit en reprogrammant des cellules de la prostate, ouvrant de nouvelles perspectives pour le traitement de cette maladie.
- L’étude démontre que l’oncogène ERG induit le cancer de la prostate en modifiant les cellules basales, et non les cellules luminales comme on le pensait auparavant.
- Les chercheurs ont identifié des cibles potentielles pour de nouveaux médicaments, notamment les protéines STAT3, KMT2A et DOT1L.
- Cette découverte pourrait permettre des interventions plus précoces et des traitements plus efficaces contre le cancer de la prostate.
Le cancer de la prostate, qui touche environ 150 000 nouveaux patients chaque année, est souvent caractérisé par la présence de l’oncogène ERG. Longtemps considéré comme une cible thérapeutique difficile à atteindre, ERG est désormais mieux compris grâce à une recherche menée par le Fox Chase Cancer Center de Philadelphie.
Contrairement aux idées reçues, l’étude a révélé que l’ERG ne transforme pas directement les cellules luminales, qui sont traditionnellement considérées comme l’origine du cancer de la prostate. Au lieu de cela, il reprogramme les cellules basales, les forçant à adopter un comportement similaire à celui des cellules luminales cancéreuses. Ce processus, appelé « trans-différenciation », conduit à une croissance rapide et confère aux cellules un caractère de cellules souches.
Cette découverte a des implications majeures pour le développement de nouveaux traitements. Les thérapies actuelles se concentrent principalement sur les cellules luminales cancéreuses, mais cette approche est souvent incomplète et peut conduire à une résistance aux médicaments. En ciblant les cellules basales reprogrammées par l’ERG, il serait possible d’intervenir plus tôt dans le processus de développement du cancer et de prévenir l’apparition de formes plus agressives.
« C’est une avancée significative », explique Weiran Feng, Ph.D., professeur adjoint au Programme de dynamique nucléaire et de recherche sur le cancer et membre de l’Institut d’épigénétique du cancer au Fox Chase Cancer Center. « Nous savons maintenant où les cellules cancéreuses luminales apparaissent en premier lieu, et nous pouvons désormais utiliser ces informations pour orienter de meilleures thérapies pour le sous-type le plus courant de cancer de la prostate. »
Les chercheurs ont également identifié des protéines clés impliquées dans ce processus de reprogrammation, notamment le facteur de transcription STAT3 et les enzymes épigénétiques KMT2A et DOT1L. Ces protéines pourraient devenir des cibles thérapeutiques potentielles. Une découverte surprenante est que, malgré la forte dépendance à l’égard de KMT2A/MLL1, le cancer de la prostate induit par l’ERG est indépendant de MENIN, un partenaire bien connu de KMT2A et la cible d’un inhibiteur déjà approuvé pour le traitement de la leucémie.
« Cela élimine une voie thérapeutique potentielle, mais ouvre également de nouvelles perspectives sur les vulnérabilités épigénétiques du cancer de la prostate qui pourraient être exploitées à l’avenir », précise Weiran Feng. « En ciblant ces cellules cancéreuses luminales à leur source, nous espérons non seulement améliorer le traitement précoce de la maladie, mais aussi empêcher la maladie de se transformer en des formes encore plus agressives par la suite. »
Les résultats de cette étude, publiés dans la revue Nature Genetics, ouvrent la voie à de nouvelles recherches visant à identifier des cibles thérapeutiques plus efficaces et à développer des stratégies de prévention plus performantes contre le cancer de la prostate.