L’épidémie de maladie à virus Ebola en République démocratique du Congo a franchi le seuil critique des 4 000 décès pour plus de 8 000 cas confirmés, selon les autorités sanitaires. Cette dix-septième flambée historique met sous forte tension le système de santé et les populations de plusieurs provinces du pays.
La République démocratique du Congo fait face à un bilan alarmant alors que sa dix-septième épidémie d’Ebola continue de progresser dans l’est et le nord du pays. Partie de la province de l’Ituri au mois de mai, la flambée touche désormais sept provinces congolaises, dont le Nord-Kivu et le Haut-Uélé qui concentrent l’essentiel des cas recensés. Les données officielles font état de 8 300 cas confirmés et de 4 018 décès, pour un taux de létalité s’établissant à 48,4 %, tandis que 2 162 personnes ont réussi à guérir, d’après les chiffres communiqués par les services officiels de santé.
Les communautés religieuses mobilisées à Kinshasa face à la propagation
Face à l’ampleur de la crise, les principales confessions religieuses du pays se sont réunies à Kinshasa autour de l’ONG catholique Caritas Congo. L’objectif de cette concertation est d’impliquer directement les réseaux religieux dans la prévention, la lutte contre les rumeurs et la réduction de la stigmatisation des malades. Pour Mgr Donatien Nshole, secrétaire général de l’épiscopat catholique, la riposte ne peut se limiter aux seules structures sanitaires.
Catholiques, protestants, kimbanguistes et musulmans comptent mettre à profit leur maillage territorial dans les quartiers, les écoles et les structures de soins. Cette stratégie s’appuie également sur les réseaux sociaux pour diffuser des messages de prévention validés. D’autres rencontres similaires sont d’ores et déjà programmées à Bunia, en Ituri, ainsi qu’à Beni et Butembo pour coordonner les actions locales.
L’impact des conflits armés et de l’insécurité sur la riposte sanitaire
La distribution des soins et le travail des équipes de terrain se heurtent à des obstacles majeurs liés aux violences armées. L’Organisation des Nations unies a indiqué que de violents affrontements entre milices locales en Ituri ont provoqué le déplacement de plus de 5 000 personnes. Au cours de ces troubles, un centre de transit pour patients atteints d’Ebola a été incendié après l’intrusion de militaires dans un site de déplacés.
Dans la province du Nord-Kivu, un contractuel de la détection des cas a perdu la vie lors d’une attaque armée contre une structure de santé. Par ailleurs, le mouvement antigouvernemental M23 a fait état de six nouveaux cas d’Ebola, dont quatre décès, dans les zones qu’il contrôle, illustrant la complexité d’une situation sanitaire exacerbée par l’instabilité politique et militaire.

Financements internationaux et essais cliniques en cours
La communauté internationale tente d’apporter un soutien financier et logistique pour enrayer la propagation du virus. Les États-Unis ont ainsi annoncé le déblocage de 237 millions d’euros supplémentaires pour financer la lutte contre l’épidémie. De son côté, la France maintient son appui avec une enveloppe de 13,4 millions d’euros engagée entre janvier et juillet, tandis que le chef de la diplomatie française s’est rendu à Bunia pour témoigner de la solidarité de Paris.
Sur le plan médical, la riposte fait face au défi posé par la souche Bundibugyo du virus Ebola, pour laquelle il n’existe aucun vaccin ni traitement homologué à ce jour. Des essais cliniques sont toutefois menés pour tester plusieurs traitements expérimentaux. Les premières doses du vaccin Ervebo, dont l’efficacité avait été prouvée contre la souche Zaïre, ont été administrées à titre d’essai à des volontaires parmi les personnels de première ligne exposés au risque dans les zones reculées.
Prise en charge pédiatrique et vulnérabilité des jeunes enfants
Dans les centres de traitement gérés par les organisations partenaires, les pédiatres constatent que les enfants de moins de cinq ans affichent le taux de létalité le plus élevé, dépassant les 60 %. Selon les observations cliniques, les jeunes enfants possèdent une réserve physiologique plus faible et un système immunitaire moins mature, ce qui entraîne une dégradation rapide de leur état de santé face au virus.
Les orientations cliniques recommandent une surveillance minutieuse de la glycémie ainsi qu’une gestion rigoureuse des fluides pour contrer l’hypoglycémie et le choc ionique. Pour limiter la détresse des jeunes patients, les spécialistes insistent sur l’importance de maintenir une présence constante des proches et d’impliquer les survivants guéris dans l’accompagnement quotidien au sein des structures de soins.