Publié le 7 janvier 2024 13h38. Des cauchemars fréquents pourraient être un signal d’alerte précoce de troubles cognitifs, voire de démence, selon une étude récente. Les chercheurs explorent le lien entre les rêves perturbateurs et le déclin mental, ouvrant la voie à de nouvelles stratégies de prévention.
- Les personnes d’âge moyen ayant des cauchemars hebdomadaires présentent un risque accru de déclin cognitif dans les dix années suivantes.
- Ce lien est plus prononcé chez les hommes que chez les femmes.
- Le traitement des cauchemars pourrait offrir une opportunité de prévention précoce de la démence.
La démence se manifeste souvent initialement par des troubles de la mémoire à court terme : oubli de rendez-vous, difficultés à retenir des noms, perte rapide de l’information. Avec le temps, ces lacunes peuvent s’étendre à la mémoire à long terme et affecter les compétences acquises tout au long de la vie, comme les routines et l’orientation.
Identifier les premiers signes de la démence est un défi, car ils peuvent être attribués à d’autres facteurs tels que le stress, le manque de sommeil ou la dépression. Les chercheurs se concentrent donc sur des indicateurs plus précoces et plus spécifiques. Une nouvelle étude suggère que le sommeil, et plus particulièrement les rêves, pourrait receler des indices précieux.
Cauchemars et risque de démence : les rêves comme signe avant-coureur ?
Une étude menée en 2022 par Abidemi Otaiku de l’Université de Birmingham et publiée dans The Lancet, s’est interrogée sur la corrélation entre la fréquence des mauvais rêves et le risque de troubles cognitifs et de perte de mémoire. L’étude a analysé les données de trois vastes enquêtes américaines sur la santé et le vieillissement, portant sur plus de 600 personnes âgées de 35 à 64 ans et environ 2 600 personnes de plus de 79 ans. Tous les participants n’étaient pas atteints de démence au début de l’étude.
Au début de l’observation, les participants ont rempli des questionnaires, notamment sur la fréquence de leurs cauchemars. L’étude a défini les cauchemars comme des rêves suffisamment perturbants pour provoquer un réveil brutal. Les participants ont ensuite été suivis pendant plusieurs années afin de surveiller l’évolution de leurs capacités cognitives et de diagnostiquer d’éventuels cas de démence.
Les résultats ont révélé que les personnes d’âge moyen (35-64 ans) ayant des cauchemars au moins une fois par semaine étaient environ quatre fois plus susceptibles de présenter un déclin cognitif significatif au cours de la décennie suivante. Une tendance similaire a été observée chez les personnes de plus de 79 ans, qui étaient diagnostiquées avec la démence environ deux fois plus souvent si elles rapportaient des cauchemars réguliers que celles qui en faisaient rarement ou jamais.
« Jusqu’à présent, il existe très peu d’indicateurs de risque de démence qui peuvent être identifiés à un âge avancé », explique Otaiku. Les cauchemars pourraient ainsi permettre d’identifier plus tôt les personnes à risque et de mettre en place des mesures préventives.
Risque de démence chez les hommes : pourquoi les cauchemars sont plus importants pour eux
L’étude a également mis en évidence des différences entre les sexes. Le lien entre les cauchemars et le risque de démence était significativement plus prononcé chez les hommes que chez les femmes. Chez les hommes âgés signalant des cauchemars hebdomadaires, le risque de développer la maladie était environ cinq fois plus élevé que chez ceux qui en faisaient rarement ou jamais. Chez les femmes, l’augmentation du risque était de 41 pour cent, mais moins marquée.
Les données ne permettent pas d’expliquer clairement cette différence. L’étude ne peut que constater l’existence de ce phénomène, sans en déterminer les causes. Plusieurs hypothèses sont envisagées : des différences biologiques, telles que les influences hormonales, des différences dans la physiologie du sommeil, ou encore des variations dans la manière dont les hommes et les femmes perçoivent et rapportent leurs cauchemars.
Cause ou symptôme : les cauchemars peuvent-ils déclencher la démence ?
La question centrale reste de savoir quelle est la signification exacte de ces cauchemars. Otaiku propose deux explications possibles : soit les cauchemars fréquents sont un signe avant-coureur très précoce de troubles de la mémoire et des capacités cognitives, qui peuvent précéder de plusieurs années, voire de décennies, l’apparition de la démence, soit ils agissent comme un facteur amplificateur, voire un co-déclencheur de processus pathologiques dans le cerveau. « Compte tenu de la nature de cette étude, il n’est pas possible de déterminer avec certitude laquelle de ces théories est correcte », souligne Otaiku. Bien qu’il penche vers l’hypothèse des « signes précoces », cela ne peut être prouvé avec les données disponibles.
Traiter les cauchemars : une opportunité pour la prévention précoce de la démence ?
La bonne nouvelle est que les cauchemars récurrents peuvent être traités. Otaiku souligne que des effets positifs ont déjà été observés avec les traitements standards généralement recommandés par les médecins, qui peuvent contribuer à réduire l’accumulation de certaines protéines associées à la maladie d’Alzheimer. Des rapports de cas suggèrent également que le traitement des cauchemars peut non seulement améliorer le sommeil, mais aussi stabiliser la mémoire et les fonctions cognitives.
Il est encore trop tôt pour affirmer que le traitement des cauchemars deviendra une véritable stratégie de prévention de la démence. Cependant, la direction est claire : si le sommeil fournit réellement des signes avant-coureurs, et si ces signes peuvent être influencés, il pourrait s’agir d’une approche plus précoce que celles actuellement utilisées.
