Publié le 30 novembre 2023. Dans les provinces de l’Atlantique, l’aménagement et l’entretien des aires de jeux scolaires reposent souvent sur l’implication financière des parents d’élèves, une situation dénoncée par plusieurs acteurs du milieu de l’éducation.
- En Nouvelle-Écosse, le financement des terrains de jeux est intégré au budget de construction des nouvelles écoles, mais les parents contribuent fréquemment à des améliorations supplémentaires.
- Au Nouveau-Brunswick et à l’Île-du-Prince-Édouard, les écoles doivent entièrement compter sur l’autofinancement pour aménager ou renouveler leurs aires de jeux.
- Cette disparité crée des inégalités entre les écoles, en fonction de leur capacité à mobiliser des fonds.
Le financement des aires de jeux scolaires est un dossier épineux dans les provinces de l’Atlantique. Si la Nouvelle-Écosse intègre une somme pour l’aménagement des terrains de jeux dans le budget de construction de ses nouvelles écoles, il arrive fréquemment que cet investissement initial ne suffise pas. « Il est assez courant que les écoles ou les comités de parents débloquent des fonds supplémentaires pour agrandir l’aire de jeux ou ajouter de nouveaux modules qui dépassent l’équipement initialement prévu », explique Stéphanie Comeau, coordonnatrice des communications du Conseil scolaire acadien francophone (CSAP) de la Nouvelle-Écosse. Les écoles misent alors sur des partenariats, des subventions municipales, provinciales ou fédérales, ou encore sur des campagnes de financement communautaires.
Nicole Dupuis, directrice générale de la Fédération des parents acadiens de la Nouvelle-Écosse (FPANE), illustre cette réalité avec l’exemple d’un comité de parents francophones qui a organisé des collectes de fonds pour améliorer les terrains de jeux prévus dans la nouvelle école du TENTACULE à Halifax. Les élèves de l’école Mer et Monde devraient emménager dans ce nouveau bâtiment en 2026. « Ce serait idéal que les parents n’aient pas besoin de faire autant de travail pour lever les fonds », déplore-t-elle. Elle souhaiterait que la province inclue dans son financement de base des « parcs plus élaborés ».
Ce serait idéal que les parcs à jeux répondent davantage aux besoins du nombre d’élèves.
La situation est plus préoccupante au Nouveau-Brunswick, où aucune somme n’est allouée par la province pour les aires de jeux extérieures lors de la construction de nouvelles écoles. Le District scolaire francophone Sud exprime ses préoccupations à ce sujet au ministère provincial de l’Éducation et du Développement de la petite enfance depuis plusieurs années. « Un terrain de jeu fonctionnel et sécuritaire devrait faire partie intégrante de tout projet de nouvelle école. Cette approche transfère un fardeau important aux écoles, aux familles et à la communauté », souligne Jean-Luc Thériault, directeur des relations stratégiques du district scolaire, par courriel.
Chantal Varin, directrice générale de l’Association francophone des parents du Nouveau-Brunswick (AFPNB), déplore que les comités de parents soient contraints d’organiser des collectes de fonds qui « peuvent prendre des années » pour amasser des sommes considérables. La seule subvention provinciale disponible s’élève à 80 000 $, un montant jugé insuffisant.
80 000 $, ça ne nous permet pas de créer un terrain de jeu juste à répondre aux normes pour assurer la sécurité des jeunes.
« Il y a beaucoup de parents qui ont demandé que ces sommes soient augmentées pour s’approcher davantage des coûts réels », ajoute-t-elle.
Marc LeBlanc, professeur à l’École de kinésiologie et de loisir de l’Université de Moncton, qualifie ce modèle de financement d’« absurde ». Ancien conseiller scolaire et vice-président du District scolaire francophone Sud, il a milité pendant 17 ans pour une révision à la hausse du financement provincial, sans succès. « On a été entendu, mais peut-être pas écouté. Lorsqu’on leur parlait d’un parc, certaines personnes du milieu de l’éducation trouvaient que ça ne concernait pas nécessairement la salle de classe », raconte-t-il.
Pour Marc LeBlanc, les aires de jeux sont un « espace essentiel dans la vie scolaire des élèves », mais aussi un « espace commun qui sert à l’ensemble de la communauté, du quartier, après les heures de classe, durant les vacances, l’été ». Cette situation crée une inégalité, car les écoles situées dans des quartiers plus favorisés ont plus de facilité à amasser des fonds. « On n’est pas du tout dans les mêmes échelles de capacité en termes de population qui peut répondre à l’appel pour les levées de fonds », déplore Chantal Varin.
À l’Île-du-Prince-Édouard, la situation est encore plus précaire. Le gouvernement provincial ne finance pas non plus les aires de jeux lors de la construction de nouvelles écoles, mais alloue une subvention de 25 000 $ sous certaines conditions. La Commission scolaire de langue française (CSLF) de l’Île-du-Prince-Édouard offre également jusqu’à 10 000 $ pour des projets de terrains de jeux, selon Brad Samson, directeur des services administratifs et financiers de la Cslf. « On va préparer le terrain pour l’installation. Mais la responsabilité revient à la communauté, donc au comité de parents, pour faire des prélèvements de fonds pour l’achat de l’équipement », précise-t-il.
Chantal Varin s’inquiète également du renouvellement des modules de jeux vieillissants, usés ou abîmés, pour lesquels aucun fonds gouvernemental n’est disponible. Tout repose sur la générosité et les moyens financiers des parents.
Avec des informations de Raphael Caron