SANTIAGO – Une mobilisation de scientifiques de renommée mondiale s’élève contre un projet industriel au Chili, menaçant le ciel exceptionnellement pur de l’Observatoire de Paranal dans le désert d’Atacama, un site crucial pour l’astronomie internationale.
Plus d’une trentaine d’astronomes, dont le prix Nobel de physique Reinhard Genzel, le président de l’Union astronomique internationale Willy Benz, et la présidente de l’Académie française des sciences Françoise Combes, ont cosigné une lettre ouverte adressée au gouvernement chilien pour exprimer leur vive inquiétude. Parmi les autres signataires figurent également plusieurs lauréats du prix Nobel, tels que Michel Mayor, Didier Queloz, Adam Riess et Brian Schmidt.
Le projet en question, mené par la société américaine AES sous le nom d’INNA, prévoit la construction d’un complexe industriel de plus de 3 000 hectares à proximité immédiate de l’Observatoire de Paranal, exploité par l’Observatoire européen austral (ESO). Les scientifiques craignent que ce développement n’altère irrémédiablement les conditions d’observation exceptionnelles qui font la renommée de ce site.
« Tel qu’il est actuellement conçu, le projet représente une menace imminente pour certaines des installations astronomiques les plus avancées de la planète, qui opèrent sous l’un des derniers cieux sombres et vierges au monde », soulignent-ils dans leur missive, publiée mardi 21 novembre.
L’Atacama, situé dans le nord du Chili, est considéré comme le lieu idéal pour l’astronomie en raison de son ciel exceptionnellement sombre, de la stabilité de son atmosphère et de son climat favorable. Ce « précieux patrimoine naturel » est une ressource scientifique irremplaçable, permettant aux astronomes d’approfondir notre compréhension de l’univers depuis des décennies, expliquent les signataires.
L’Observatoire de Paranal abrite déjà des télescopes de pointe, dont le Very Large Telescope (VLT), et est en cours de construction de l’Extremely Large Telescope (ELT), le plus grand télescope optique et infrarouge au monde.
Une étude réalisée par l’ESO estime que la construction du projet INNA augmenterait la pollution lumineuse d’au moins 35 %. Elle pourrait également générer des microvibrations susceptibles de perturber le fonctionnement de certains instruments, ainsi qu’une augmentation des turbulences atmosphériques, dégradant la qualité des observations.
Les scientifiques avertissent que de tels impacts « seraient dévastateurs pour le ciel immaculé de Paranal et pour l’astronomie mondiale ». Ils ajoutent que « les dégâts s’étendraient au-delà des frontières du Chili, touchant une communauté scientifique mondiale qui dépend des observations faites à Paranal pour étudier tous les phénomènes, depuis la formation des planètes jusqu’aux débuts de l’univers ».
Le Chili est devenu, au cours des soixante dernières années, une véritable capitale mondiale de l’astronomie, grâce à des lois pionnières visant à protéger le ciel étoilé, à des initiatives de sensibilisation du public et au développement d’une communauté astronomique dynamique, rappellent les experts.
L’Associated Press a sollicité un commentaire du gouvernement chilien, mais n’a pas reçu de réponse immédiate.
En juin dernier, plusieurs observatoires astronomiques internationaux se sont unis pour créer le Conseil du Ciel Noir, une alliance inédite visant à protéger le ciel chilien et à « coordonner les stratégies et articuler les actions contre l’avancée de la pollution lumineuse », selon une déclaration commune.
Le Chili concentre actuellement près de 40 % de la capacité mondiale d’observation astronomique et devrait dépasser les 60 % d’ici 2030.
