Un régime méditerranéen allégé, combiné à une activité physique régulière et à un accompagnement personnalisé, pourrait réduire de près d’un tiers le risque de développer un diabète de type 2. C’est la conclusion majeure d’une vaste étude espagnole, PREDIMED-Plus, qui ouvre des perspectives prometteuses pour la prévention de cette maladie en pleine expansion.
L’étude, menée par l’Université de Navarre en collaboration avec plus de 200 chercheurs issus de 22 universités, hôpitaux et instituts de recherche, a suivi pendant six ans près de 4 750 adultes âgés de 55 à 75 ans présentant un surpoids ou une obésité et un syndrome métabolique, mais sans antécédents de maladies cardiovasculaires ou de diabète. Les participants ont été répartis en deux groupes : le premier a adopté un régime méditerranéen hypocalorique (environ 600 kilocalories de moins par jour), pratiqué une activité physique modérée (marche rapide, exercices de renforcement musculaire et d’équilibre) et bénéficié de conseils professionnels. Le second groupe a continué à suivre un régime méditerranéen traditionnel, sans restriction calorique ni programme d’exercice.
Les résultats sont sans appel : les participants ayant suivi le régime allégé et le programme d’exercice ont non seulement diminué leur risque de diabète, mais ont également perdu en moyenne 3,3 kg et réduit leur tour de taille de 3,6 cm, contre 0,6 kg et 0,3 cm pour le groupe témoin. Cela se traduit par la prévention d’environ trois nouveaux cas de diabète de type 2 pour 100 participants, un bénéfice significatif pour la santé publique.
« Le diabète est le premier résultat clinique solide pour lequel nous avons démontré, avec les preuves les plus solides disponibles, que le régime méditerranéen avec réduction des calories, l’activité physique et la perte de poids constituent un outil préventif très efficace », explique le professeur Miguel Ángel Martínez-González, de l’Université de Navarre et professeur adjoint de nutrition à l’Université Harvard. « Appliqués à grande échelle dans les populations à risque, ces changements de mode de vie modestes et durables pourraient éviter des milliers de nouveaux diagnostics chaque année. Nous espérons bientôt présenter des données similaires pour d’autres défis majeurs de santé publique. »
Le diabète de type 2 touche aujourd’hui plus de 530 millions de personnes dans le monde, un chiffre en constante augmentation en raison de l’urbanisation, du vieillissement de la population et de la prévalence croissante du surpoids et de l’obésité. En Espagne, on estime que 4,7 millions d’adultes sont atteints de diabète, principalement de type 2, ce qui place le pays parmi les plus touchés d’Europe, où le nombre total de cas dépasse les 65 millions. Les États-Unis comptent également environ 38,5 millions de personnes diabétiques, avec des coûts de santé parmi les plus élevés au monde.
Selon le professeur Miguel Ruiz-Canela, de l’Université de Navarre, « le régime méditerranéen agit en synergie pour améliorer la sensibilité à l’insuline et réduire l’inflammation. Avec PREDIMED-Plus, nous démontrons que la combinaison du contrôle des calories et de l’activité physique amplifie ces bénéfices. » Il souligne qu’il s’agit d’une approche « savoureuse, durable et culturellement acceptée qui offre un moyen pratique et efficace de prévenir le diabète de type 2, une maladie mondiale qui est, dans une large mesure, évitable. »
Une étude complémentaire, publiée dans Annales de médecine interne, souligne la pertinence clinique de cette intervention et son potentiel en tant que modèle préventif. Les experts américains Sharon J. Herring et Gina L. Tripicchio, de l’Université Temple (Philadelphie), soulignent toutefois que la transposition de cette stratégie à d’autres contextes, comme aux États-Unis, nécessitera de surmonter des obstacles structurels liés à l’accès aux aliments sains, à l’aménagement urbain et au manque d’encadrement professionnel. Ils préconisent donc de renforcer les politiques publiques visant à promouvoir des environnements plus nutritifs et équitables.
Lancé en 2013 avec une subvention initiale de plus de 2 millions d’euros du Conseil européen de la recherche (ERC), le projet PREDIMED-Plus a bénéficié d’un financement total de plus de 15 millions d’euros, principalement de l’Institut de santé Carlos III (ISCIII) et du Réseau du Centre de recherche biomédicale (CIBER), à travers ses divisions dédiées à la physiopathologie de l’obésité et de la nutrition (CIBEROBN), à l’épidémiologie et à la santé publique (CIBERESP) et au diabète et aux maladies métaboliques associées (CIBERDEM). Ce projet s’inscrit dans la continuité de l’étude PREDIMED (2003-2010), qui avait déjà démontré qu’un régime méditerranéen enrichi en huile d’olive extra vierge ou en fruits à coque réduisait de 30 % le risque de maladies cardiovasculaires.
Les chercheurs estiment que les professionnels de santé peuvent intégrer cette nouvelle intervention comme une stratégie durable et rentable pour prévenir le diabète de type 2 à grande échelle.
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