Deux humanitaires, dont le directeur du Conseil tunisien pour les réfugiés (CTR), ont été condamnés lundi à deux ans de prison, dont quatre mois avec sursis, pour avoir aidé des migrants à entrer irrégulièrement en Tunisie. La sentence, bien moins sévère que redouté, a soulagé leurs défenseurs, même si l’injustice de ces poursuites est dénoncée.
Mustapha Djemali, 81 ans, dirigeant du CTR, et Abderrazek Krimi, chef de projet de l’organisation TRC, étaient accusés de « mise à l’abri » de migrants et de « facilitation de l’entrée illégale » sur le territoire tunisien. Ils ont déjà purgé la majeure partie de leur peine et devraient être libérés rapidement.
« C’est toujours injuste, mais nous sommes vraiment soulagés car la peine est plutôt légère », a déclaré Yusra Djemali, la fille de Mustapha Djemali, à l’AFP. « Il lui reste environ quatre mois de peine avec sursis, mais l’important est qu’il sorte de prison ce soir. »
Ce jugement intervient après l’arrestation en mai 2024 d’une douzaine de travailleurs humanitaires issus de diverses organisations. Human Rights Watch avait appelé lundi à l’abandon des charges, craignant des peines pouvant aller jusqu’à dix ans de prison. L’organisation TRC collabore avec l’Agence des Nations unies pour les réfugiés (HCR) pour l’examen des demandes d’asile.
Trois autres membres de la TRC, poursuivis pour les mêmes motifs que M. Djemali et M. Krimi, ont été acquittés, a précisé l’avocate Mounira Ayadi. Les défenseurs ont insisté sur le caractère légal des activités du CTR, qui opère en « partenariat exclusif » et sur la base d’un « accord juridique » avec le HCR pour fournir un hébergement d’urgence aux demandeurs d’asile et aux réfugiés.
« Le CTR a mené un travail de protection essentiel en faveur des réfugiés et des demandeurs d’asile, opérant légalement avec les organisations internationales accréditées en Tunisie », a souligné l’organisation dans un communiqué. « Cibler une organisation par des poursuites judiciaires abusives criminalise un travail d’assistance crucial et laisse les demandeurs d’asile sans le soutien dont ils ont désespérément besoin. »
La question migratoire est particulièrement sensible en Tunisie, pays de transit majeur pour des dizaines de milliers de personnes cherchant à rejoindre l’Europe chaque année. Les arrestations de mai 2024 ont concerné également des membres d’organisations françaises comme Terre d’Asile et de l’association antiraciste Mnemty, qui attendent leur procès.
En février 2023, le président Kais Saied avait dénoncé l’arrivée de « hordes de migrants illégaux », en provenance notamment d’Afrique subsaharienne, comme une menace démographique pour le pays. Ses déclarations avaient déclenché une vague d’attaques racistes, conduisant à l’expulsion de milliers de migrants de leurs foyers et de leurs emplois. Des milliers de personnes ont été renvoyées dans leurs pays d’origine, ont tenté de traverser la Méditerranée, ou ont été expulsées vers les frontières désertiques avec l’Algérie et la Libye, où au moins une centaine de personnes sont décédées cet été-là.
L’Union européenne a renforcé ses efforts pour limiter les arrivées, notamment en concluant un accord de 255 millions d’euros (290 millions de dollars américains) avec Tunis.
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