Publié le 5 décembre 2025 à 19h01. Des changements subtils dans les habitudes de conduite pourraient signaler un déclin cognitif précoce, parfois des années avant un diagnostic formel de démence, selon une étude américaine.
- Une étude à long terme a révélé que des modifications dans le comportement au volant, comme la réduction des trajets ou l’évitement de la conduite nocturne, sont corrélées à un risque accru de troubles cognitifs légers.
- L’analyse des données GPS des conducteurs âgés a permis de prédire avec une précision allant jusqu’à 87 % l’apparition de déficiences cognitives, surpassant les performances des seuls tests de mémoire ou des facteurs génétiques.
- Cette approche pourrait permettre une détection précoce et une prise en charge plus rapide des personnes à risque, tout en soulevant des questions importantes concernant la protection de la vie privée et l’éthique des données.
Des chercheurs de la faculté de médecine de l’université de Washington à Saint-Louis ont mis en évidence un lien inattendu entre nos habitudes de conduite et notre santé cognitive. En analysant les données de navigation de près de 300 conducteurs âgés sur une période de plus de trois ans, ils ont découvert que des changements subtils dans le comportement au volant pouvaient précéder l’apparition de troubles cognitifs légers (TCL).
L’étude, publiée dans la revue Neurology, a suivi 298 participants d’un âge moyen de 75 ans, tous conducteurs actifs au début de l’étude. Chaque véhicule était équipé d’un enregistreur de données GPS qui traçait automatiquement chaque trajet, enregistrant la distance parcourue, la durée, l’heure, la vitesse, les freinages et les éventuels écarts d’itinéraire. Ces données ont ensuite été comparées aux résultats annuels de tests de mémoire et de réflexion, ainsi qu’aux facteurs génétiques, notamment la présence du gène APOE ε4, associé à un risque accru de maladie d’Alzheimer.
Les données GPS, un indicateur précoce
Au fil du temps, les chercheurs ont observé que les participants qui développaient des TCL avaient tendance à conduire moins fréquemment, sur des trajets plus courts et principalement sur des itinéraires familiers. Ils évitaient également de plus en plus de conduire la nuit et étaient moins enclins à s’écarter de leurs habitudes.
Grâce à ces données GPS, l’équipe de Ganesh M. Babulal a pu prédire avec une précision de 82 % l’apparition de TCL. En combinant ces informations avec l’âge, les résultats des tests cognitifs et les facteurs génétiques, la précision est montée à 87 %. Sans les données de conduite, le taux de réussite n’était que de 76 %. « Nous avons pu déterminer plus précisément qui allait développer des problèmes cognitifs en utilisant un dispositif de suivi des données GPS plutôt qu’en nous basant uniquement sur l’âge, les tests de mémoire ou les facteurs génétiques », explique Babulal.
Des changements discrets, des signaux d’alerte
L’étude suggère que ces changements quotidiens dans le comportement au volant peuvent constituer un signal d’alerte précoce, bien avant que les problèmes de mémoire ne deviennent apparents dans la vie quotidienne. Les chercheurs identifient plusieurs indicateurs clés :
- Diminution du nombre de trajets mensuels : en moyenne, une réduction d’environ un demi-trajet par mois.
- Baisse des déplacements nocturnes : une diminution notable par rapport aux conducteurs en bonne santé.
- Moins de variété d’itinéraires : une réduction des détours spontanés ou des itinéraires plus longs.
« L’observation du comportement de conduite quotidien est un moyen relativement simple et discret d’évaluer les capacités cognitives », souligne Babulal. Cela permet d’identifier plus tôt les conducteurs à risque, avant que des accidents ou des quasi-accidents ne surviennent.
Éthique et protection des données
Selon les chercheurs, cette identification précoce est importante non seulement pour la sécurité routière, mais aussi pour la santé publique, car elle permet d’offrir un soutien rapide aux personnes à risque et de maintenir leur autonomie et leur mobilité le plus longtemps possible.
Cependant, ils insistent sur la nécessité de traiter ces données sensibles avec la plus grande prudence. « Nous devons respecter l’autonomie, la vie privée et les choix éclairés des individus et veiller à ce que les normes éthiques soient respectées », insiste Babulal.
En résumé :
- Le comportement au volant peut révéler les premiers signes d’un déclin cognitif, notamment une diminution des trajets, l’évitement de la conduite nocturne et le choix d’itinéraires familiers.
- Une étude américaine a démontré que l’analyse des données GPS permet de détecter les troubles cognitifs légers avec une précision allant jusqu’à 87 %.
- Cette approche pourrait contribuer à une détection précoce et à une prise en charge plus efficace, à condition de garantir la protection des données et la confidentialité des individus.