L’ancien vice-président américain Dick Cheney, figure controversée de la politique étrangère américaine et artisan de l’après-11 septembre, est décédé lundi à l’âge de 84 ans. Son parcours, marqué par une soif de pouvoir et un pragmatisme sans concession, illustre autant les mutations du Parti républicain que les dérives qu’il a lui-même contribué à engendrer, culminant avec l’ère Trump.
Cheney s’est distingué ces dernières années par ses critiques virulentes à l’égard de Donald Trump, qu’il considérait comme une menace pour les institutions démocratiques. En 2022, il avait ainsi déclaré dans une publicité soutenant la candidature de sa fille Liz au Congrès : « Au cours des 246 ans d’histoire de notre pays, aucun individu n’a jamais constitué une plus grande menace pour notre république que Donald Trump. » Il l’accusait d’avoir tenté de voler l’élection présidentielle de 2020 en recourant au mensonge et à la violence, le qualifiant de « lâche » qui n’assume pas ses défaites. « Il a perdu son élection, et il a perdu gros. Je le sais. Il le sait, et au fond, je pense que la plupart des Républicains le savent. »
Pourtant, l’ironie réside dans le fait que les méthodes employées par Cheney durant sa longue carrière politique ont préparé le terrain à l’ascension de Trump. Dès les années 1960, il s’est positionné comme un acteur influent dans les administrations républicaines successives, puis au Congrès. Son passage au Pentagone sous George H.W. Bush, et surtout son mandat de vice-président sous George W. Bush, ont été marqués par une concentration du pouvoir exécutif et un manque de transparence, notamment dans la justification de l’invasion de l’Irak en 2003.
Cheney avait alors insisté sur la nécessité d’intervenir en Irak en raison de la menace que représentaient les armes de destruction massive, des allégations qui se sont révélées infondées. Il a également été accusé d’avoir manipulé le renseignement pour orienter l’opinion publique et le Congrès vers une intervention militaire. Par la suite, il a défendu avec acharnement les controversées « techniques d’interrogatoire améliorées » – largement considérées comme de la torture – employées par la CIA contre des suspects terroristes.
En 2014, un rapport sénatorial accablant a dénoncé un programme « brutal » et « défectueux » qui violait le droit américain et les valeurs du pays. Cheney, fidèle à lui-même, a rejeté ces conclusions, qualifiant les auteurs du rapport de « bande de crétins » et affirmant que les méthodes utilisées étaient « absolument, totalement justifiées ». Il estimait même que les personnes impliquées dans ces pratiques devraient être décorées, et non critiquées.
Son soutien à Kamala Harris lors de l’élection présidentielle de 2024, après avoir vu sa fille Liz Cheney vaincue dans le Wyoming par des candidats pro-Trump, a confirmé son exclusion du Parti républicain, désormais totalement dominé par le trumpisme. Cheney avait ainsi franchi une étape supplémentaire dans sa critique du parti qu’il avait contribué à façonner, un parti qui, selon lui, avait perdu de vue les principes fondamentaux de la démocratie et de l’État de droit.
L’itinéraire de Dick Cheney, de ses débuts dans l’administration Nixon à ses critiques acerbes envers Trump, offre une perspective unique sur l’évolution du Parti républicain et les dangers d’une concentration excessive du pouvoir exécutif. Son héritage reste profondément ambivalent, marqué par une ambition démesurée et un refus constant de remettre en question ses propres actions, même face à des preuves accablantes.