Publié le 18 octobre 2025 à 01h22. Le chancelier Friedrich Merz réaffirme la volonté de la CDU de se démarquer clairement de l’Alternative für Deutschland (AfD), malgré les appels à une approche plus pragmatique au sein de l’Union. Cette ligne dure s’inscrit dans un contexte de débat sur la stratégie à adopter face à la montée du parti d’extrême droite et de discussions sur la réforme du service militaire.
- Friedrich Merz insiste sur la nécessité de souligner les différences idéologiques entre la CDU et l’AfD, craignant une normalisation de cette dernière.
- Plusieurs figures de l’Union, dont le chef adjoint Karl-Josef Laumann, qualifient l’AfD de « parti nazi », renforçant la ligne de démarcation.
- Le débat sur le service militaire continue, avec une proposition de compromis impliquant un tirage au sort pour le recrutement en cas d’insuffisance de volontaires.
Le chancelier Friedrich Merz a réaffirmé sa détermination à maintenir une distance stricte entre la CDU et l’AfD, rejetant les suggestions de certains membres de l’Union de reconsidérer cette position. Selon lui, une coopération, même indirecte, avec l’AfD risquerait de donner au parti d’extrême droite une légitimité excessive et de fausser le débat public.
« Le faux discours est de plus en plus ancré dans la perception du public : ils pourraient tout faire avec l’AfD s’ils voulaient simplement abattre ce ‘pare-feu’ »
Friedrich Merz, leader de la CDU
Merz craint que si la CDU cessait de soumettre ses propres propositions de politique au vote du Bundestag simplement parce que l’AfD pourrait y être favorable pour des raisons tactiques, l’AfD finirait par dicter la ligne politique. Il insiste sur le fait que la CDU ne doit pas tomber dans cette dépendance.
Cette position est soutenue par d’autres responsables de l’Union. Karl-Josef Laumann, chef adjoint de la CDU, a qualifié l’AfD de « parti nazi » dans une interview au groupe de médias Funke, affirmant que ses « contenus et positions » étaient « incompatibles (…) avec les valeurs de la démocratie chrétienne et donc aussi de la CDU ». Martin Huber, secrétaire général de la CSU, a également exclu toute coopération avec l’AfD, la qualifiant de « danger pour l’Allemagne », un parti « façonné par les serviteurs du Kremlin » qui souhaite « sortir de l’OTAN, de l’UE, de l’euro ». Il souligne que l’expérience d’autres pays européens montre que la coopération avec des partis d’extrême droite conduit souvent à la disparition des démocrates-chrétiens.
Cependant, cette ligne dure n’est pas sans susciter de critiques internes. Suite aux résultats décevants des derniers sondages de l’enquête syndicale, d’anciens responsables de la CDU et de la CSU ont plaidé pour une approche plus ouverte envers l’AfD. Peter Tauber, ancien secrétaire général de la CDU, a estimé que la stigmatisation actuelle ne faisait qu’aider l’AfD, tandis que Karl-Theodor zu Guttenberg, ancien ministre fédéral de l’Économie et de la Défense, a exprimé des opinions similaires.
Plusieurs responsables de la CDU en Allemagne de l’Est ont également remis en question la démarcation fondamentale entre l’Union et l’AfD, mais se sont heurtés à une forte résistance de l’aile libérale du parti. Merz a réaffirmé que l’AfD « interroge la République fédérale d’Allemagne, sur la manière dont elle a été façonnée depuis Adenauer et sur la manière dont elle a contribué à façonner la CDU », tout en reconnaissant que l’Union avait laissé trop de place à la droite sur l’échiquier politique.
Par ailleurs, le débat sur la réforme du service militaire continue de faire des vagues. Merz a indiqué avoir discuté avec le ministre de la Défense Boris Pistorius (SPD) et s’être dit « fondamentalement sympathique » à la solution proposée par les responsables de la sécurité des groupes parlementaires, qui prévoit un recrutement initial sur une base volontaire, suivi d’un questionnaire adressé à tous les jeunes hommes et d’une éventuelle loterie en cas d’insuffisance de volontaires. L’Union et le SPD s’accordent sur la nécessité d’une expansion rapide de la Bundeswehr, mais divergent sur les modalités de sa mise en œuvre.
Le projet de loi de Pistorius sur le service militaire prévoit initialement un recrutement volontaire. Cependant, l’Union souhaite un mécanisme automatique permettant de réintroduire le service militaire obligatoire si le nombre de volontaires est insuffisant. Un compromis a été élaboré au Bundestag, prévoyant un tirage au sort pour déterminer qui serait soumis au recrutement obligatoire en cas de besoin.
Le « pare-feu » contre l’AfD, adopté par la CDU en 2018, interdit « les coalitions et formes similaires de coopération » avec le parti d’extrême droite. Cette décision reste en vigueur et sera à nouveau discutée lors de la réunion du présidium de la CDU dimanche.
