Une expédition britannique en Tanzanie a exhumé en 1963 des fossiles de dicynodontes restés plus de soixante ans au Musée d’Histoire naturelle de Londres.
L’histoire de cette découverte prend sa source dans les archives muséales. Des décennies après qu’une équipe britannique a prélevé divers fossiles de synapsides en Tanzanie, ces spécimens ont fait l’objet d’une réévaluation minutieuse. Les synapsides représentent la lignée des vertébrés menant aux mammifères, bien avant l’essor des dinosaures. Longtemps conservés dans les collections du Musée d’Histoire naturelle de Londres, de nombreux ossements n’avaient reçu qu’un examen partiel, laissant en suspens des questions fondamentales sur les écosystèmes du Trias.
Au cœur de ces caisses oubliées figurait un squelette partiel et non décrit d’un herbivore appartenant aux dicynodontes. En combinant l’analyse de ce spécimen avec un crâne fragmentaire découvert plus tard, les paléontologues ont conclu que ces vestiges appartenaient au genre Dinodontosaurus. Jusqu’à présent, ce genre n’avait été formellement identifié qu’en Amérique du Sud, plus précisément au Brésil et en Argentine, comme le signalent les observations partagées par les analyses paléontologiques récentes.
L’émergence d’une nouvelle espèce en Tanzanie
Ce rapprochement transcontinental a permis d’officialiser la création d’une nouvelle espèce : Dinodontosaurus isiyavamanda. Le nom de cette espèce rend hommage à la terre du peuple Wamanda, qui réside dans la région tanzanienne où les ossements ont été exhumés. L’étude détaillée de cette trouvaille a été publiée dans le Journal of Vertebrate Palaeontology.
Le paléontologue Nigel Larkin, co-auteur de l’étude, avait déjà soupçonné dès les années 1990, lors de la rédaction de sa maîtrise, que ce squelette de dicynodonte représentait une forme inédite. Il a fallu près de trente ans pour que ces travaux aboutissent à une publication complète, illustrant la valeur scientifique du retour sur des spécimens muséaux anciens. Le Dr Mike Day, conservateur des tétraptères non mammaliens au Musée d’Histoire naturelle de Londres, a insisté sur l’importance de réétudier des pièces conservées depuis plus de soixante ans pour préserver la mémoire de la vie sur Terre.
Conséquences sur la chronologie de l’évolution des dinosaures
Au-delà de l’anecdote taxonomique, cette identification redéfinit la corrélation géologique entre l’Afrique de l’Est et l’Amérique du Sud. Les strates rocheuses abritant ces fossiles tanzaniens se trouvent associées à des gisements susceptibles de contenir les plus anciens restes de dinosaures au monde. La présence de ce même genre de dicynodonte sur les deux continents indique que les couches sédimentaires partagent un âge équivalent.

Or, des datations radiométriques récentes menées sur des roches sud-américaines suggèrent que ces séquences fossilifères pourraient être jusqu’à dix millions d’années plus jeunes que des dépôts comparables situés en Afrique du Sud. Par conséquent, les fossiles tanzaniens ne peuvent plus être tenus pour les plus anciens témoins de l’ère des dinosaures. Les chercheurs doivent donc revoir à la fois la chronologie et le contexte géographique des premiers pas de ces animaux.
Hady George, doctorant à l’Université de Bristol et auteur principal de ces recherches, a souligné que cette découverte représente le premier enregistrement confirmé de ce genre hors du continent sud-américain. Les scientifiques rappellent toutefois que tous les fragments osseux exhumés sur le site ne peuvent pas être rattachés avec certitude à cette nouvelle espèce, les fouilles pouvant abriter un mélange de taxons voisins au sein d’un même écosystème du Trias.