Publié le 3 décembre 2025 à 12h15. Une coalition de dix grandes banques européennes s’apprête à lancer, dès le second semestre 2026, une monnaie numérique stable indexée sur l’euro, dans une tentative de rivaliser avec la domination américaine sur le marché des paiements numériques.
- Dix banques européennes, dont ING, UniCredit et BNP Paribas, ont créé la société Qivalis pour développer cette monnaie numérique.
- Le lancement est prévu pour le second semestre 2026, sous réserve de l’obtention d’une licence auprès de la Banque centrale des Pays-Bas.
- Cette initiative vise à réduire la dépendance européenne vis-à-vis des stablecoins adossés au dollar américain.
La société Qivalis, basée à Amsterdam, ambitionne de devenir un acteur majeur dans le domaine des monnaies numériques stables. Elle prévoit d’embaucher entre 45 et 50 personnes au cours des 18 à 24 prochains mois, selon son PDG, Jan-Oliver Sell, ancien responsable de Coinbase Allemagne et ayant également travaillé pour Binance. Howard Davies, l’ancien président de NatWest, occupera quant à lui la fonction de président de Qivalis.
Cette initiative intervient alors que les banques traditionnelles sont confrontées à la croissance rapide des cryptomonnaies et des stablecoins, perçus par certains comme des concurrents potentiels. Parallèlement, plusieurs grandes institutions financières américaines préparent également le lancement de leurs propres stablecoins indexés sur le dollar.
Les stablecoins, ces cryptomonnaies dont la valeur est généralement arrimée à une monnaie fiduciaire comme le dollar américain, ont gagné en popularité ces dernières années, notamment après l’adoption d’une loi américaine visant à renforcer le statut du dollar comme monnaie de réserve mondiale. Cependant, les tentatives européennes de créer des stablecoins adossés à l’euro, comme celle de la Société Générale avec SG-FORGE en 2023, n’ont pas rencontré un large succès.
Jan-Oliver Sell estime que le processus d’autorisation pourrait prendre entre six et neuf mois, Qivalis ayant l’intention de solliciter une licence d’établissement de monnaie électronique (EMI) auprès de la Banque centrale des Pays-Bas. La Banque centrale européenne (BCE) travaille également sur son propre euro numérique, une alternative stratégique aux systèmes de paiement américains.
Floris Lugt, responsable des actifs numériques d’ING et futur directeur financier de Qivalis, a révélé que le groupe est en contact étroit avec la BCE, qui se montre favorable au projet.
« Notre impression est qu’ils soutiennent le projet, car l’un des objectifs politiques importants est d’atteindre une autonomie stratégique des paiements en Europe, et ils sont préoccupés par les stablecoins, en particulier les monnaies numériques stables liées au dollar, et préféreraient avoir – c’est notre impression – un champion européen qu’ils puissent soutenir. »
Floris Lugt, responsable de la division actifs numériques d’ING
Outre ING et UniCredit, les banques initialement impliquées dans ce projet, annoncé en septembre, sont Banca Sella, KBC, DekaBank, Danske Bank, SEB, Caixabank et Raiffeisen Bank International (RBI). Le groupe français BNP Paribas a rejoint l’initiative, a précisé Floris Lugt.
Les stablecoins permettent de transférer des sommes importantes sans recourir aux systèmes bancaires traditionnels, ce qui explique leur croissance rapide. Ils représentent une alternative potentielle aux méthodes de paiement classiques, mais soulèvent également des questions réglementaires et de sécurité.
Editeur : Bogdan Enache