Publié le 2025-10-06 06:05:00. Des chercheurs en Floride ont découvert des anomalies cérébrales chez des dauphins échoués, similaires à celles observées dans la maladie d’Alzheimer, qui pourraient être liées à l’exposition à des toxines produites par des proliférations d’algues bleues. Cette étude souligne l’importance de la surveillance de la qualité de l’eau et des risques potentiels pour la santé humaine.
- L’analyse de cerveaux de dauphins a révélé des concentrations élevées d’une neurotoxine produite par les cyanobactéries, jusqu’à 2 900 fois supérieures pendant les périodes de floraison algale.
- Les cerveaux des dauphins présentaient des marqueurs neuropathologiques associés à la maladie d’Alzheimer, tels que des plaques amyloïdes et des protéines tau hyperphosphorylées.
- L’étude met en évidence le rôle potentiel des dauphins comme indicateurs de la santé environnementale et des risques pour la santé humaine liés à la contamination de l’eau.
Une équipe de scientifiques de l’Université de Miami, des Brain Chemistry Labs, du Hubbs-Seaworld Research Institute et du Blue World Research Institute a mené cette étude approfondie. Les chercheurs ont examiné le cerveau de vingt dauphins communs retrouvés morts dans le lagon de la rivière Indian, en Floride. Leurs analyses ont mis en évidence une accumulation alarmante de 2,4-diaminobutyric (2,4-dab), une neurotoxine produite par certaines espèces d’algues bleues, également appelées cyanobactéries.
Les concentrations de cette toxine étaient particulièrement élevées pendant les périodes de prolifération des cyanobactéries. Au-delà de la présence de cette toxine, l’examen des tissus cérébraux a révélé des caractéristiques neuropathologiques frappantes, similaires à celles observées chez les patients atteints de la maladie d’Alzheimer. Les chercheurs ont notamment identifié des plaques de protéines bêta-amyloïdes, des inclusions de protéines tau hyperphosphorylées et des accumulations de TDP-43, autant de marqueurs associés à la dégénérescence neuronale.
L’analyse génétique a également révélé des modifications significatives dans l’expression de 536 gènes, dont un grand nombre sont impliqués dans les maladies neurodégénératives. Ces résultats suggèrent que l’exposition à la toxine pourrait perturber les processus cellulaires essentiels et contribuer au développement de lésions cérébrales.
Selon le Dr David Davis, de la Miller School of Medicine, ces dauphins agissent comme de véritables « sentinelles environnementales ».
« Les changements que nous observons peuvent indiquer des risques similaires pour les humains exposés aux mêmes toxines. »
David Davis, Miller School of Medicine
Il rappelle que des études antérieures menées sur des populations de Guam avaient déjà établi un lien entre l’exposition chronique aux toxines des cyanobactéries et l’apparition de troubles neurologiques.
La prolifération des cyanobactéries est un problème croissant, exacerbé par le réchauffement climatique et l’augmentation des nutriments dans les rivières et les lacs, souvent due aux rejets agricoles et aux eaux usées. Dans le cas du lagon de la rivière Indian, les rejets d’eau contaminée provenant du lac Okeechobe ont contribué à intensifier ce phénomène.
Bien que les chercheurs soulignent qu’il n’existe pour l’instant aucune preuve formelle que ces toxines provoquent directement la maladie d’Alzheimer chez les dauphins ou les humains, la corrélation observée entre l’exposition et les changements cérébraux est préoccupante. Ils appellent à une surveillance accrue de la qualité de l’eau et à une meilleure protection de la faune et de la santé humaine. L’étude complète est disponible dans la revue Biologie des communications de la nature.