La Conférence des directrices et directeurs cantonaux de l’instruction publique (CDIP) a révélé, en mai 2026, que la majorité des élèves suisses de 4H atteignent les compétences fondamentales. Si 87 % réussissent en compréhension orale, l’enquête COFO souligne des disparités sociales marquées et des écarts persistants entre les cantons en mathématiques et en lecture.
L’heure est au bilan pour le système éducatif helvétique. L’enquête nationale COFO, menée en 2024 auprès de 20 000 enfants âgés de 7 à 8 ans, vient de livrer ses conclusions. Le constat global est positif, mais il cache des fractures structurelles que le seul indicateur de moyenne nationale ne peut masquer.
Le bilan chiffré : une réussite inégale selon les matières
Sur le papier, les élèves de 4e Harmos — correspondant à la deuxième année primaire — s’en sortent bien. La maîtrise des compétences fondamentales est quasi généralisée dans certains domaines, tandis que d’autres demandent encore des efforts de rattrapage.
Selon les données diffusées par RTS, les résultats se segmentent ainsi :
- Compréhension orale : 87 % des élèves atteignent les objectifs nationaux.
- Compréhension écrite (lecture) : 79 % de réussite.
- Mathématiques : 76 % de réussite.
Ces chiffres révèlent une hiérarchie claire dans l’acquisition des savoirs : si l’écoute et la compréhension orale sont largement acquises, la lecture et le calcul représentent des défis plus importants pour près d’un quart des effectifs.
“C’est un résultat très satisfaisant. À l’école, le principal, c’est lire, écrire et calculer, donc on continue d’insister là-dessus. Et on voit qu’en fin de 4H, les jeunes Suisses atteignent vraiment ces compétences fondamentales.
La géographie des compétences : Obwald en tête, Genève et Neuchâtel en retrait
L’uniformité apparente du système suisse s’effrite dès que l’on observe la répartition par canton. Si la CDIP estime que l’harmonisation progresse, Watson souligne que certains territoires se démarquent nettement, pour le meilleur comme pour le pire.
En compréhension orale, le canton d’Obwald domine le classement avec un taux de réussite de 95 %. À l’opposé, les difficultés sont plus marquées en Suisse romande. Selon Le Temps, Neuchâtel (81 %) et Genève (80 %) ferment la marche dans ce domaine spécifique.
Le scénario est similaire, voire plus contrasté, en mathématiques. Alors que les Grisons, le Jura, Vaud et Appenzell Rhodes-Intérieures se situent significativement au-dessus de la moyenne nationale, d’autres cantons peinent. Lucerne (68 %) et Bâle-Ville (70 %) enregistrent les scores les plus bas, révélant des zones de fragilité critique dans l’enseignement des sciences exactes.
Le poids déterminant de l’origine sociale
C’est ici que le rapport COFO devient le plus alarmant. Au-delà des frontières cantonales, c’est le milieu familial qui dicte, dans une mesure considérable, la trajectoire scolaire de l’enfant. L’étude établit que l’origine sociale est le facteur ayant l’incidence la plus forte sur les résultats.
Le rapport met en lumière un effet de cumul dévastateur. Lorsqu’un enfant combine une origine sociale défavorable, une origine migratoire et une langue étrangère parlée à la maison, ses chances de succès chutent drastiquement.
| Profil de l’élève | Taux de réussite (Compétences fondamentales) |
|---|---|
| Profil favorisé (social, langue, origine) | 90 % |
| Profil cumulé défavorisé | 50 % |
L’écart est brutal : un enfant issu d’un milieu favorisé a presque deux fois plus de chances d’atteindre les objectifs nationaux qu’un enfant cumulant des fragilités sociales et migratoires, et ce, même en mathématiques, matière pourtant jugée moins dépendante de la maîtrise linguistique.
“Les conditions sociales, langagières et migratoires agissent souvent de manière conjointe, sont parfois étroitement liées entre elles et peuvent se renforcer ou s’atténuer mutuellement.
L’harmonisation cantonale vingt ans après
Cette enquête intervient exactement vingt ans après l’acceptation populaire de l’harmonisation entre les cantons. Pour la CDIP, le diagnostic est clair : le processus fonctionne. L’absence de disparités massives et systémiques entre la plupart des cantons prouve que le cadre commun porte ses fruits.
Toutefois, cette réussite institutionnelle ne doit pas occulter le besoin d’un soutien politique accru. Le constat social impose une réflexion sur l’égalité des chances. Pour les analystes, le défi n’est plus seulement d’harmoniser les programmes entre Zurich et Genève, mais de donner à l’école les moyens de compenser les inégalités de départ.
L’enjeu des prochains mois sera de transformer ces données statistiques en actions concrètes. Si la majorité des élèves sont sur la bonne voie, la persistance d’un groupe d’enfants laissés pour compte en raison de leur origine sociale reste la principale faille d’un système qui se veut inclusif.
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