Home DivertissementÉcrivain, animateur et explorateur des liens profonds entre langue et paysage – The Irish Times

Écrivain, animateur et explorateur des liens profonds entre langue et paysage – The Irish Times

by Antoine Girard

Publié le 10 octobre 2025 à 18h01. L’Irlande est en deuil de Manchán Magan, écrivain, voyageur et figure emblématique de la radiodiffusion en langue irlandaise, décédé le 2 octobre 2025 à l’âge de 55 ans. Son œuvre, imprégnée de curiosité et de respect pour la nature, a inspiré des générations à renouer avec leur patrimoine linguistique et culturel.

  • Manchán Magan s’est fait connaître grâce à ses documentaires et émissions de radio explorant les cultures du monde et la richesse de la langue irlandaise.
  • Il était un fervent défenseur de l’environnement et un promoteur du réensauvagement, plantant des milliers d’arbres sur ses terres.
  • Son dernier ouvrage, 99 mots pour la pluie (et un pour le soleil), témoigne de sa fascination pour la langue irlandaise et sa capacité à exprimer des nuances subtiles de la nature.

Manchán Magan est né le 20 août 1970 à Dublin, dans le quartier de Donnybrook. Fils de Michael Magan, radiologue, et de Cróine Humphreys, issue d’une famille engagée dans le mouvement républicain irlandais, il a passé une partie de son enfance dans le Gaeltacht de Corca Dhuibhne, dans le comté de Kerry, où il a développé un amour profond pour la langue et le paysage irlandais.

Après des études d’irlandais et d’histoire à l’University College Dublin (UCD), il s’est lancé dans de nombreux voyages à travers le monde, notamment en Inde, en Afrique et en Amérique du Sud. C’est lors d’un séjour dans l’Himalaya, dans les années 1990, qu’il a vécu une expérience marquante, s’installant dans une étable abandonnée en haute montagne. Son frère, Ruán Magan, alors étudiant en cinéma, a capturé cette aventure dans un court documentaire pour la chaîne Teilifís na Gaeilge (aujourd’hui TG4). Ce fut le point de départ d’une collaboration fructueuse qui a donné naissance à une soixantaine de programmes, repoussant les limites de la radiodiffusion en langue irlandaise.

Manchán Magan était un personnage atypique, peu enclin à la notoriété et à l’exhibitionnisme. Il était décrit par ses proches comme un « rassembleur de lumière », ouvert d’esprit, érudit et profondément attaché aux valeurs écologiques. Il entretenait des liens étroits avec les populations autochtones des régions les plus reculées de la planète.

Son œuvre, qu’il s’agisse de ses livres, de ses émissions de radio, de ses podcasts ou de ses conférences, était empreinte d’une curiosité contagieuse, de nuances culturelles et d’une sensibilité particulière aux courants mystiques de la vie. Lors de ses funérailles, il a été rappelé qu’il vivait avec la conviction que « tout ce qui existe a une flamme à l’intérieur ».

En 2016, il s’est présenté aux élections générales sous les couleurs du Parti Vert dans la circonscription de Longford-Westmeath, une expérience qu’il considérait comme un moyen d’apporter « de nouvelles perspectives » sur le potentiel de la région. Il n’a pas été élu, obtenant 1 102 voix de première préférence (1,99 % du total).

Son engagement pour la langue irlandaise a atteint un nouveau sommet avec la publication de 32 Words for Field – Lost Words of the Irish Landscape (32 mots pour le champ – mots perdus du paysage irlandais) en 2020, une exploration des liens étroits entre la langue et la nature. Dans une préface à l’édition internationale de ce livre, il expliquait que les mots irlandais ne se contentent pas de décrire les choses, mais contribuent également à leur création.

Son dernier ouvrage, 99 mots pour la pluie (et un pour le soleil), publié quelques semaines avant sa mort, témoigne de sa fascination pour la richesse du vocabulaire météorologique irlandais. Il y décrivait avec passion les multiples nuances pour désigner les différentes sortes de pluie : spairn (une averse soudaine et abondante), sprais (une averse soudaine, lourde et éclaboussante), búisteog (une simple averse), múirling (une averse soudaine et lourde qui se déplace comme un mur d’eau), et bien d’autres encore.

Parmi ses autres ouvrages, on peut citer Listen to the Land Speak, Tree Dogs, Wolf Men and Water Hounds, et Bréons et brahmanes, une étude des similitudes entre les cultures irlandaise et indienne.

Manchán Magan a épousé Aisling Rogerson, propriétaire du café Fumbally à Dublin, en septembre dernier. Ils s’étaient rencontrés quelques années auparavant sur l’île d’Inis Oírr. Le personnel de l’hôpital St James, où il était soigné, a aménagé une suite nuptiale improvisée pour célébrer leur mariage.

Le président Michael D. Higgins a salué la mémoire de Manchán Magan, soulignant son rôle d’inspirateur pour de nombreuses personnes, de toutes générations, et son engagement en faveur de la langue irlandaise, de la culture et de l’environnement.

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