Home AffairesÉditorial de Brian Myles | Dans le budget 2026 de Montréal, le gros du travail se fera plus tard

Éditorial de Brian Myles | Dans le budget 2026 de Montréal, le gros du travail se fera plus tard

by Amélie Bernard

Publié le 14 janvier 2026 à 04h26. Le premier budget de l’administration Martínez Ferrada, présenté lundi, esquisse une approche prudente pour les finances de Montréal, avec des investissements ciblés dans le logement et la lutte contre l’itinérance, mais aussi des coupes budgétaires et un gel des investissements dans les infrastructures de mobilité durable.

  • Le budget de 7,67 milliards de dollars représente une hausse de 5,4 % par rapport à l’année précédente, dépassant l’inflation observée dans la région métropolitaine de Montréal (3,4 %).
  • La nouvelle administration vise à réduire la dette de la ville à 100 % des revenus d’ici fin 2026 et prévoit l’élimination de 1 000 postes dans la fonction publique d’ici quatre ans.
  • Des réductions significatives du budget alloué à Bixi et un gel des investissements dans le réseau cyclable suscitent des interrogations quant à l’engagement envers la mobilité durable.

L’élaboration du premier budget d’une nouvelle administration municipale est traditionnellement un exercice délicat. Élue en novembre dernier, l’équipe de Soraya Martínez Ferrada disposait de peu plus de deux mois pour présenter un projet budgétaire viable, tout en respectant l’obligation légale d’équilibrer les revenus et les dépenses de la ville.

Le budget présenté lundi reflète une volonté de prioriser certains enjeux clés, notamment la lutte contre l’itinérance, la sécurité publique et l’accès au logement. Des investissements importants sont prévus dans ces domaines, répondant ainsi à une des principales préoccupations soulevées lors de la dernière campagne électorale. L’abandon du Règlement pour une métropole mixte, une initiative de l’administration précédente jugée inefficace, est également salué.

La nouvelle administration s’attaque également à la dette municipale avec une approche plus rigoureuse, fixant un objectif ambitieux : la ramener à 100 % des revenus de la Ville d’ici la fin de l’année 2026. Ces mesures, bien que pouvant paraître techniques, sont cruciales, car le service de la dette représente la deuxième source de dépenses à Montréal (16,6 % du total), après la sécurité publique (17,9 %).

Cependant, le budget comporte également des points de friction. L’attention limitée accordée à la mobilité durable est particulièrement préoccupante. Le budget de Bixi est réduit de moitié, malgré les 14,5 millions de déplacements enregistrés en 2025, témoignant de son succès. Quant au développement du réseau de pistes cyclables, il sera mis sur pause, avec des investissements maintenus entre 18 et 20 millions de dollars par année. La mairesse Martínez Ferrada semble privilégier la sécurité des pistes cyclables, un enjeu secondaire qui pourrait masquer un manque d’ambition en matière d’expansion du réseau.

L’administration se targue d’avoir identifié des économies récurrentes de 79 millions de dollars, représentant 1 % des dépenses totales. Elle prévoit également l’élimination de 1 000 postes dans la fonction publique d’ici quatre ans. Pour l’instant, le plan prévoit la suppression de 16,6 postes (en équivalent temps plein) sur un total de plus de 25 200 employés. La mairesse reconnaît qu’un plan solide et une vision claire sont nécessaires pour atteindre cet objectif, car les effectifs d’une organisation bureaucratique comme la Ville ne se réduisent pas facilement.

L’augmentation moyenne des taxes foncières résidentielles dans le centre-ville demeure inférieure au taux d’inflation, mais la situation varie considérablement d’un arrondissement à l’autre. En tenant compte des hausses à la fois de la ville centre et des arrondissements, l’augmentation moyenne atteint 3,8 %. Certains arrondissements connaissent même des hausses de l’ordre de 5 % à 6 %, en raison des fluctuations de la valeur foncière.

Plusieurs défis attendent l’administration dans les mois à venir. Sept groupes d’employés syndiqués sont en négociation pour le renouvellement de leurs conventions collectives. Ces négociations seront l’occasion de réclamer plus de flexibilité et d’aborder la question délicate de la réduction des effectifs. Elles pourraient également entraîner des concessions et une augmentation du fardeau fiscal pour les Montréalais. Une hausse de 1 % des salaires équivaut à des dépenses supplémentaires de 25 millions de dollars pour la ville.

La mairesse Martínez Ferrada a souligné la nécessité pour les syndicats de faire preuve de créativité et de respecter la capacité de payer des Montréalais lors des négociations. L’expérience récente, marquée par la poussée inflationniste de 2022-2023, a plutôt favorisé les revendications syndicales.

Enfin, le poids démographique de Montréal diminue dans la région métropolitaine. Selon les données de l’Institut de la statistique du Québec, la population de l’île devrait diminuer de 12 % d’ici 2051. Cette tendance, déjà amorcée, exercera une pression accrue sur les finances publiques, qui reposent sur la taxation à hauteur de 63 %. Ce facteur aura un impact majeur sur le poids politique de Montréal dans la région métropolitaine et sur sa capacité à offrir des services de qualité.

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