Publié le 26 octobre 2023. L’Australie et les États-Unis s’engagent dans un partenariat majeur pour l’extraction de terres rares, des minéraux essentiels à la transition énergétique, dans un contexte de tensions géopolitiques croissantes avec la Chine. Cet accord, assorti d’un investissement d’un milliard de dollars de chaque pays, vise à réduire la dépendance occidentale vis-à-vis du monopole chinois sur ces ressources stratégiques.
- Les États-Unis et l’Australie investiront chacun un milliard de dollars (environ 930 millions d’euros) dans l’extraction de terres rares en Australie.
- L’Australie détient 5 % des réserves mondiales de terres rares et traite au moins 8 % de ces matières premières.
- Cet accord s’accompagne de la promesse américaine de fournir à l’Australie des sous-marins nucléaires dans le cadre du pacte AUKUS.
L’Australie, déjà riche en ressources naturelles telles que le gaz, le minerai de fer, le charbon et le cuivre, se positionne comme un acteur clé dans la chaîne d’approvisionnement des terres rares. Ces minéraux sont indispensables à la fabrication de nombreux produits de haute technologie, des smartphones aux véhicules électriques, en passant par les éoliennes et les systèmes de défense. Actuellement, la Chine domine ce marché, contrôlant plus de 90 % de la production mondiale, ce qui lui confère un pouvoir considérable en matière de tarifs douaniers et de politique commerciale.
Canberra a décidé de développer son secteur manufacturier et de constituer une réserve stratégique de terres rares. Plus de 80 projets d’extraction de métaux sont déjà en cours de planification sur le continent australien. Pour Washington, cet accord représente un regain d’influence en Australie, après une période d’éloignement, et une opportunité de renforcer ses alliances face à la montée en puissance de la Chine.
Cependant, la mise en œuvre de ce projet ambitieux se heurte à des défis considérables. Le développement des compétences et des infrastructures nécessaires au traitement des terres rares prendra des années, même dans un pays minier comme l’Australie. L’ouverture de nouvelles mines est un processus long et complexe, soumis à de nombreuses autorisations administratives. De plus, l’extraction et le traitement des minéraux peuvent avoir un impact environnemental significatif, un enjeu particulièrement sensible en Australie.
Le principal obstacle reste peut-être de convaincre le secteur privé de s’engager dans de telles entreprises, dont la rentabilité n’est pas garantie à court terme. Anthony Albanese, le Premier ministre australien, devra également tenir compte des conséquences géopolitiques de cette initiative. La Chine, principal partenaire commercial de l’Australie, ne verra pas d’un bon œil la diversification des sources d’approvisionnement en terres rares et la coopération renforcée entre l’Australie et les États-Unis, notamment dans le domaine militaire avec la livraison de sous-marins nucléaires.
L’Allemagne, qui a récemment ressenti les conséquences de sa dépendance au gaz russe, est un exemple frappant des risques liés à une trop grande dépendance énergétique. Pékin tente actuellement de contrôler les prix du minerai de fer australien. Même si l’Union européenne lance son programme d’urgence pour sécuriser son approvisionnement en terres rares et commence à constituer des stocks stratégiques, il faudra encore de nombreuses années pour réduire sa dépendance vis-à-vis de la Chine.
Cette semaine, nous produisons notre Newsletter de Berlin. Car c’est là que se posent les grandes questions géopolitiques et géoéconomiques discutées lors du Dialogue mondial de Berlin. Dans ce numéro, nous vous fournissons la base du débat. Vendredi, nous allons produire notre podcast sur le BGD.
Si vous avez des questions, posez-les-nous, nous les transmettrons à nos experts. N’hésitez pas à nous écrire à [email protected].