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by Nicolas Lefèvre

Publié le 6 novembre 2025 à 13h11, mis à jour à 14h30. L’augmentation du nombre de capitaines et de marins russes employés sur les navires battant pavillon norvégien suscite des inquiétudes quant à la capacité de la Norvège à contrôler sa flotte en cas de conflit, un enjeu crucial pour l’OTAN qui dépend fortement de la flotte marchande civile.

  • Le nombre de permis accordés aux capitaines et marins russes a doublé en cinq ans, malgré une légère baisse récente.
  • L’Association des marins norvégiens craint que ces capitaines ne soient pas loyaux envers la Norvège en cas de guerre et suivent les ordres de Moscou.
  • Le gouvernement norvégien a annoncé qu’il ne délivrerait plus de nouvelles dérogations aux capitaines russes, mais les permis existants restent valables pendant cinq ans.

La dépendance croissante de la flotte norvégienne envers du personnel russe soulève des questions de sécurité stratégique, alors que la situation géopolitique en Europe reste tendue. Selon l’Association des marins norvégiens, environ 200 capitaines russes naviguent actuellement sur des navires norvégiens, un nombre jugé inacceptable.

Terje Hernes Pettersen, de l’Association norvégienne des marins, exprime son inquiétude :

« 200 capitaines russes, c’est 200 de trop. Nous ne pouvons considérer comme perdus les navires ayant des capitaines russes en cas de guerre. Il est tragique que nous nous soyons mis dans une telle situation et que nous perdions le contrôle de certaines parties de la flotte. »

Cette préoccupation est d’autant plus forte que les navires civils jouent un rôle essentiel en temps de guerre, notamment pour le transport de troupes et de matériel, en particulier sur l’océan Atlantique. L’OTAN, qui dispose de peu de cargos propres, dépend entièrement des navires marchands civils. La flotte marchande norvégienne est donc d’une importance capitale pour l’Alliance atlantique, selon Sigmund Simonsen, professeur à l’Université de Norvège occidentale :

« La flotte marchande civile norvégienne est probablement plus importante pour l’OTAN que la défense norvégienne. Nous avons une défense relativement petite, mais nous avons une flotte énorme. »

Le risque ne se limite pas à une éventuelle déloyauté des capitaines russes. En temps de paix, ces navires pourraient être utilisés pour bloquer des chargements, commettre des actes de sabotage ou servir de base à des activités de drones, comme cela s’est produit récemment au Danemark (incident à l’aéroport de Copenhague).

Le gouvernement norvégien a réagi en décidant de ne plus accorder de dérogations aux capitaines russes, une décision motivée par la situation sécuritaire en Europe. Cependant, cette interdiction ne sera effective qu’en novembre 2024 et ne s’appliquera pas rétroactivement aux 65 capitaines russes qui ont déjà reçu un permis pour naviguer sur des navires norvégiens à l’étranger. Environ 150 permis ont été délivrés depuis le début de la guerre en 2022.

Outre les capitaines, le nombre de marins russes employés sur les navires norvégiens a également augmenté de manière significative ces dernières années. Oslo Bulk, une compagnie maritime norvégienne, justifie son recours à des marins russes par leur expérience de la navigation dans les eaux froides. La compagnie n’a pas souhaité commenter cette affaire auprès de NRK.

Knut Arild Hareide, directeur général de l’Association maritime, se montre plus rassurant, estimant que la nationalité des capitaines et des marins ne constitue pas en soi un risque pour la sécurité. Il souligne que chaque situation doit être évaluée en fonction du contexte et du profil de menace.

« La sécurité sera toujours la chose la plus importante pour les compagnies maritimes norvégiennes, et le capitaine et l’équipage sont sélectionnés sur la base de leurs compétences et de leur expérience. »

La ministre des Pêches et des Océans, Marianne Sivertsen Næss (Ap), a déclaré que le gouvernement surveille la situation de près, mais qu’il n’a pas encore identifié de raisons suffisantes pour interdire l’emploi de marins russes. Elle met en avant la pénurie mondiale de marins et craint qu’une interdiction générale ne pousse les compagnies maritimes à changer de pavillon pour maintenir leurs effectifs.

Les chiffres de la Direction maritime norvégienne confirment cette tendance : le nombre de navires battant pavillon norvégien et naviguant à l’étranger a diminué de 38 unités depuis le début de l’année. Selon Hareide, cette situation affaiblit la position de la Norvège et réduit le nombre de navires disponibles en cas de crise :

« Le résultat est que le drapeau norvégien a été affaibli. Dans une situation de crise donnée, la Norvège dispose donc de moins de navires. »

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