Home DivertissementElle a caché qu’elle était une femme. Grâce à cela, elle a aidé des artistes comme Picasso et Matisse

Elle a caché qu’elle était une femme. Grâce à cela, elle a aidé des artistes comme Picasso et Matisse

by Antoine Girard

Publié le 2024-02-29 10:00:00. Une exposition inédite au Musée de l’Orangerie à Paris rend hommage à Berthe Weill, galeriste visionnaire qui a lancé les carrières de Picasso, Matisse et bien d’autres au début du XXe siècle, révélant ainsi le rôle crucial d’une femme dans l’avant-garde artistique.

  • L’exposition met en lumière le parcours de Berthe Weill, une pionnière qui a défié les conventions d’un monde de l’art dominé par les hommes.
  • Elle a été parmi les premières à reconnaître et à promouvoir les talents de Picasso, Matisse, Braque et Dufy, contribuant à l’émergence du fauvisme et du cubisme.
  • Malgré les obstacles et les préjugés, elle a su créer une galerie influente et s’imposer comme une figure incontournable du milieu artistique parisien.

À travers une sélection de tableaux, de documents d’époque et de citations tirées de son autobiographie, l’exposition au Musée de l’Orangerie retrace l’histoire fascinante de Berthe Weill (1865-1951). Une caricature du caricaturiste espagnol César Abín, accrochée en fin d’exposition, illustre parfaitement son influence : on y voit la galeriste entourée des artistes qu’elle a soutenus, tels des enfants autour de leur mère.

Fille d’une famille juive modeste, Berthe Weill a fait ses premiers pas dans le monde de l’art grâce à son cousin, Salvatore Mayer. Après la mort de ce dernier en 1896, elle ouvre une boutique d’antiquités stratégiquement située près de Montmartre. Avec audace et un sens aigu des affaires, elle se lance dans un secteur alors réservé aux hommes, animée par une volonté de prendre des risques et de dénicher de nouveaux talents. Comme elle l’écrit elle-même :

« Au début, je n’avais que cinquante francs et j’ai dû emprunter pour ouvrir le magasin. Bien sûr, la situation n’était pas idéale, mais je n’ai pas pu m’en empêcher. Qu’est-ce qui pouvait arriver de pire ? Je n’y arriverais tout au plus pas. Mais je ne me suis pas permis ça. »

Un tournant décisif survient en 1900, lorsqu’elle rencontre Pablo Picasso, alors âgé de dix-neuf ans et fraîchement arrivé de Barcelone. Berthe Weill achète ses premières œuvres post-impressionnistes et en vend une quinzaine avant même sa première exposition parisienne. Elle perçoit immédiatement le génie de l’artiste et contribue à lancer sa carrière. Peu après, en 1901, elle ouvre la Galerie B. Weill, utilisant l’initiale de son prénom pour dissimuler son identité féminine dans un milieu où les femmes étaient souvent invisibles. Marianne Le Morvan, l’une des commissaires de l’exposition, souligne : « L’abréviation de son prénom visait très certainement à cacher le fait que Berthe était une femme. »

Berthe Weill ne se contente pas de découvrir Picasso. Elle soutient également les premiers pas d’Henri Matisse, figure majeure du fauvisme, et noue une amitié durable avec Raoul Dufy. Son tableau 30 ans ou la Vie en rose, avec ses teintes vives et audacieuses, a été choisi comme image emblématique de l’exposition. Elle a également été l’une des premières à organiser une exposition personnelle pour Diego Rivera en 1914, alors que l’artiste était fasciné par le cubisme.

L’entrepreneuse n’a pas toujours rencontré le succès. En 1917, une exposition de Modigliani, comprenant des nus, suscite l’indignation de la police qui ordonne le retrait des œuvres, qualifiées de « saleté ». L’exposition est un échec, mais Berthe Weill, convaincue du talent de l’artiste, achète cinq de ses tableaux pour sa collection personnelle.

L’exposition révèle également l’engagement de Berthe Weill envers les artistes et son rôle de mécène. Elle organise régulièrement des expositions collectives, crée un bulletin d’information pour promouvoir les artistes qu’elle représente et lutte contre les préjugés et l’antisémitisme. Durant la Seconde Guerre mondiale, elle cache des œuvres d’art et se réfugie chez le peintre Émile Charmy, proche d’Henri Matisse, pour échapper aux persécutions nazies.

Après la guerre, Berthe Weill est reconnue pour sa contribution à la scène artistique parisienne et reçoit la Légion d’honneur. Elle décède en 1951 à l’âge de quatre-vingt-cinq ans, laissant derrière elle un héritage durable. L’exposition au Musée de l’Orangerie, visible jusqu’au 26 janvier, est une invitation à redécouvrir l’histoire d’une femme exceptionnelle qui a marqué son époque.

Photo : avec l’aimable autorisation du Musée de l’Orangerie

Un croquis de César Abín.

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