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Elle devrait être là maintenant

by Nicolas Lefèvre

Publié le 25 décembre 2025 22:10:00. En 2008, trois jeunes Norvégiennes sont arrêtées en Bolivie, accusées de trafic de cocaïne. L’affaire, qui a suscité une vive émotion en Norvège, révèle un réseau complexe de passeurs et met en lumière les conditions carcérales difficiles dans lesquelles les jeunes femmes ont été incarcérées.

  • L’arrestation de trois jeunes femmes norvégiennes à l’aéroport de Cochabamba avec plus de 22 kg de cocaïne dans leurs valises.
  • Les conditions de détention précaires dans la prison bolivienne et les difficultés rencontrées par les jeunes femmes.
  • L’évasion spectaculaire de l’une des femmes, aidée par un magazine norvégien et des mercenaires, et le sort incertain des autres.

L’histoire commence au printemps 2008, lorsque trois jeunes Norvégiennes se retrouvent à l’aéroport de Gardermoen, prêtes à embarquer pour un voyage qui les mènera loin de chez elles, en Bolivie. Rapidement, l’affaire prend une tournure dramatique : à leur retour, elles sont arrêtées à l’aéroport de Cochabamba avec 22,4 kg de cocaïne dissimulés dans leurs valises (ce chiffre a été révisé à 11 kg par la suite). L’arrestation marque le début d’une longue et complexe affaire judiciaire, qui a captivé l’attention des médias norvégiens.

Les témoignages des trois jeunes femmes divergent quant à leurs motivations et à leur niveau de connaissance des faits. Cette divergence est devenue un élément central de l’affaire, connue sous le nom de « l’affaire de Bolivie », l’une des affaires de drogue impliquant des citoyens norvégiens à l’étranger les plus médiatisées.

Les jeunes femmes, Lillesand, âgée de 18 ans, Stina Brendemo Hagen, 17 ans, et Madeleine Rodriguez, dans la vingtaine, sont incarcérées dans une prison bolivienne, loin de leur pays et confrontées à des conditions de détention difficiles. La cocaïne était cachée dans onze sacs Adidas, enduits de marc de café pour tromper les chiens renifleurs. Les autorités boliviennes ont rapidement évoqué l’existence d’un réseau de trafic de drogue organisé.

Les conditions de vie en prison sont décrites comme précaires : espaces restreints, cellules surpeuplées et hygiène déplorable. Stina Brendemo Hagen a raconté que les détenues étaient contraintes de vivre dans des conditions insalubres, avec des déchets jetés dans des sacs en plastique.

Madeleine Rodriguez a eu la particularité d’être enceinte au moment de son arrestation et a donné naissance à son enfant en prison. L’enfant a été rapatrié en Norvège en juin 2009 grâce à l’intervention du ministère des Affaires étrangères.

L’affaire a pris une tournure inattendue lorsque Lillesand a été libérée sous caution après un an et demi de détention, avant de s’enfuir de Bolivie et de rentrer en Norvège. Elle a ensuite été inculpée par la Kripos (police criminelle norvégienne) pour tentative d’importation de cocaïne.

L’évasion de Lillesand a été orchestrée par le magazine norvégien Alfa, qui a financé l’opération avec l’aide du milliardaire Kjetil Holta (4 millions de couronnes norvégiennes). Le rédacteur en chef du magazine, Magnus Rønningen, et le journaliste Jonas Forsang ont joué un rôle clé dans l’organisation de la fuite, qui a impliqué un voyage périlleux à travers la jungle brésilienne et l’Europe. Forsang est même devenu le parrain du fils de Hagen, prénommé Jonas.

L’opération a également bénéficié de l’aide de mercenaires de la société ABP World Group (Advanced Body Protection).

En octobre 2011, Lillesand est finalement parvenue à rejoindre la Norvège et n’a pas été poursuivie en justice.

Pendant ce temps, le procès de Rodriguez et de Lillesand se déroule en Norvège. Rodriguez affirme avoir été manipulée et ignorer la nature illégale du contenu des valises. Elle est finalement acquittée.

« Ils savaient que nous devions apporter les sacs en Norvège. Ils savaient que le dernier jour où nous devions quitter la Bolivie, on nous livrerait les sacs que nous étions censés ramener à la maison. »

Madeleine Rodriguez, lors de son témoignage devant le tribunal en 2010

Hagen témoigne contre Rodriguez lors du procès en appel, affirmant que son amie était consciente de la présence de cocaïne dans les valises.

Rodriguez reste en Bolivie, condamnée à rester à Cochabamba et interdite de quitter le pays. En 2025, elle y vit toujours, dans l’attente d’une résolution de son sort. Elle a eu deux enfants pendant sa détention, qui n’ont connu que la vie derrière les murs de la prison.

Rodriguez exprime son amertume face à cette situation, estimant qu’elle est injustement punie et que les autres personnes impliquées dans l’affaire ont échappé à la justice.

« C’est sacrément injuste. Je suis le seul à réellement assumer la responsabilité de mes actes. Je n’ai jamais demandé à me faire escroquer hors de Bolivie ou à toute autre activité illégale. Pourtant, c’est moi qui reste ici. »

Madeleine Rodriguez, interviewée en 2019

L’affaire de Bolivie reste un exemple frappant des dangers liés au trafic de drogue et des conséquences tragiques qui peuvent en découler pour les personnes impliquées, en particulier les jeunes vulnérables.

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