Publié aux éditions Verdier au prix de 19,50 euros pour 160 pages, le nouveau roman d’Emma Marsantes, N’efface pas mes cercles, propose l’archéologie du suicide de sa mère à travers une fresque familiale traversée par les structures patriarcales et la figure de l’inceste.
L’archéologie d’un suicide familial à travers l’écriture d’Emma Marsantes
Le roman d’Emma Marsantes s’attaque à un drame intime en remontant le fil de deux générations d’une lignée bourgeoise. Dès l’origine, le livre pose son aboutissement tragique : le suicide de la mère de la narratrice. L’autrice déploie une histoire familiale complexe où fusionnent deux branches généalogiques et conjugales.
L’écriture se distingue par sa densité et sa concision. Elle prend le contre-pied des récits fleuves pour privilégier des phrases ciselées qui traquent le moindre détail. Selon les analyses de la critique, le texte plonge le lecteur dans les mécanismes de la domination masculine en ramenant la grande histoire politique à l’échelle intime du corps.
Le poids de la loi du silence face à l’inceste de Mia
L’intrigue s’articule autour de l’agression subie par une jeune fille de treize ans, Mia, identifiée comme le double malheureux de la narratrice.
Dans «N’efface pas mes cercles», Emma Marsantes revient sur le suicide maternel et clôt une trilogie familiale en s’attaquant aux branches blessées de son arbre généalogique https://t.co/lvPBqUnHug
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L’action se noue en 1976. La grand-mère Marguerite surprend l’adolescente dans une posture compromettante avec son frère. Plutôt que de porter l’affaire en justice, l’entourage choisit l’omerta par crainte que la victime ne soit elle-même condamnée par la société.
L’ouvrage met en lumière la culpabilité injuste qui pèse sur les épaules des victimes dans un système patriarcal verrouillé. Celle-ci se transmet de génération en génération, depuis la naissance d’un certain Bertrand dans une demeure bourgeoise le 7 septembre 1907.
Entre les figures d’Archimède et la tragédie antique
Le titre énigmatique de l’œuvre trouve sa source dans les derniers moments du mathématicien grec Archimède, tué par un soldat romain lors de la prise de Syracuse en 212 avant Jésus-Christ, pendant la deuxième guerre punique. Ces mots, rapportés par Plutarque et Valère Maxime, servent d’épigraphes au livre.
Collateral, démasculinisons la rentrée littéraire : aujourd'hui, le bel article d'Apolline Limosino sur l'un des romans événements de cette rentrée, le splendide "N'efface pas mes cercles" d'Emma Marsantes : de l'impardon à l'inespérance. Un grand texte.https://t.co/kddV8Bi53o
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À l’image du savant trop absorbé par ses tracés géométriques pour voir fondre le danger, les femmes de la famille évoluent dans une vie aliénée. Le texte entrelace ainsi la rigueur implacable des mathématiques et la poésie pour restituer le sentiment d’un déterminisme inéluctable, où l’écriture n’offre aucune rédemption mais empêche l’oubli.