Home NouvellesEn Amérique latine, Trump signale la guerre, sauf le nom

En Amérique latine, Trump signale la guerre, sauf le nom

by Nicolas Lefèvre

L’administration américaine a considérablement intensifié sa pression sur l’Amérique latine, lançant une série d’opérations militaires controversées ciblant des groupes criminels. Cette escalade, marquée par des frappes aériennes répétées et le déploiement de moyens navals importants, suscite de vives inquiétudes quant à une potentielle déstabilisation régionale.

Le point de rupture semble avoir été atteint vendredi, avec une nouvelle frappe contre un navire dans les Caraïbes, présenté par le secrétaire à la Défense comme impliqué dans le trafic de drogue et lié au Tren de Aragua, une organisation criminelle vénézuélienne. Six personnes ont péri dans cette opération, la dixième depuis le 2 septembre et la troisième en une semaine, après deux autres interventions dans le Pacifique oriental au large des côtes sud-américaines.

Au total, au moins 43 personnes qualifiées de « narcoterroristes » par le président Donald Trump ont été tuées dans ces frappes. « Nous les éliminons », a-t-il déclaré sur la chaîne Fox News, ajoutant avec une pointe de provocation que les populations locales, souvent issues de milieux précaires, craignent désormais de pêcher dans certaines zones côtières.

Sans présenter de preuves tangibles, le président Trump affirme que les navires ciblés transportaient d’importantes quantités de fentanyl et d’autres drogues, destinées à « empoisonner les Américains » au profit de diverses « organisations terroristes ». Cette utilisation du terme « terroriste » est particulièrement significative, car elle permet à l’administration de justifier ces opérations comme relevant du droit des conflits armés, et de traiter les victimes comme des combattants ennemis.

L’escalade prend une nouvelle dimension avec l’annonce du Pentagone concernant le déploiement du porte-avions USS Gerald R. Ford, le plus grand porte-avions au monde avec plus de 4 000 marins et des dizaines d’avions de combat, ainsi que d’autres navires de guerre vers l’Amérique latine. L’objectif affiché est de « dégrader et démanteler » les réseaux de trafic de drogue et les organisations criminelles.

Cette présence militaire accrue dans les Caraïbes inquiète d’autant plus qu’elle coïncide avec des informations évoquant une possible intensification des efforts américains en vue d’un changement de régime au Venezuela, dont le président Nicolás Maduro a été inculpé aux États-Unis pour trafic de drogue en 2020.

Par ailleurs, l’administration américaine a annoncé des sanctions contre le président colombien Gustavo Petro, ainsi que contre son entourage, après que celui-ci a critiqué les actions de l’administration Trump dans la région. Petro a notamment accusé Trump d’être responsable de la mort d’Alejandro Carranza, un pêcheur colombien tué lors d’une frappe à la mi-septembre contre un navire suspecté de transporter de la drogue.

En réponse à ces accusations, Trump a annoncé la suspension de l’aide étrangère à la Colombie, se vantant des meurtres et affirmant à tort que chaque navire détruit permettrait de « sauver 25 000 vies américaines ». Or, environ 100 000 Américains meurent chaque année d’overdoses, principalement dues au fentanyl, dont l’origine se situe principalement en Chine et au Mexique, et non en Amérique du Sud. Selon le American Immigration Council, la majorité du fentanyl mortel est introduite illégalement aux États-Unis par des citoyens américains par voie terrestre.

La Maison Blanche persiste à justifier ces frappes comme relevant de la légitime défense, arguant que les cartels de la drogue, tels que le Tren de Aragua, sont des « organisations terroristes ». Cependant, des responsables soulignent que le Tren de Aragua n’opère pas sur les routes maritimes ciblées, et que le trafic visé par Trump et son administration concerne principalement la cocaïne et la marijuana destinés à l’Europe et à l’Afrique, et non aux États-Unis.

Malgré ces contradictions, l’administration américaine maintient que ses actions sont légales. Des experts juridiques contestent fermement cette interprétation, soulignant que les États-Unis ne sont pas en état de guerre et que le Congrès n’a pas déclaré de conflit. De plus, désigner des cartels de la drogue comme « terroristes » est juridiquement discutable, car ces organisations sont motivées par le profit et non par des objectifs idéologiques.

Selon le New York Times, des spécialistes du droit de la force armée estiment que la campagne de Trump est illégale, violant les conventions internationales interdisant de cibler des civils non impliqués dans les hostilités. Les attaques pourraient également constituer des exécutions extrajudiciaires, interdites par le Code uniforme de justice militaire, les Conventions de Genève, le Statut de la Cour pénale internationale et le droit international humanitaire coutumier.

D’anciens avocats du ministère de la Justice ont également dénoncé ces opérations comme illicites, tant sur le plan national qu’international. Malgré ces critiques, des responsables de l’administration ont affirmé que les frappes se poursuivront. L’un d’eux a même licencié les juges-avocats chargés d’évaluer la légalité des actions militaires, ce qui pourrait constituer une tentative délibérée de contourner les règles et d’échapper à toute responsabilité.

Selon une analyse juridique détaillée, tout officier impliqué dans l’ordre de ces frappes pourrait être accusé de meurtre, même si l’immunité pénale était accordée au président Trump. Les obligations légales des militaires de refuser des ordres illégaux restent en vigueur.

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