Publié le 26 octobre 2023 10:00:00. Une nouvelle étude américaine révèle que notre consommation hivernale de produits riches en graisses saturées pourrait perturber notre horloge biologique et entraver la capacité de notre corps à brûler les graisses, avec des conséquences potentielles sur le poids et le métabolisme.
- Les graisses saturées, présentes dans les snacks transformés, la viande et les produits laitiers, envoient un signal au corps lui faisant croire que l’été approche, l’incitant à stocker de l’énergie.
- Une protéine appelée PER2 joue un rôle clé dans ce processus, favorisant le stockage des graisses en présence de graisses saturées et la combustion des graisses avec les graisses insaturées.
- La lumière artificielle et l’abondance constante de nourriture toute l’année contribuent à perturber notre équilibre saisonnier naturel.
Des scientifiques de l’Université de Californie à San Francisco (UCSF) ont mis en évidence un mécanisme surprenant : la consommation de graisses saturées pourrait induire une sorte de « décalage saisonnier » dans notre organisme. Leurs recherches, publiées et disponibles ici, suggèrent que ces graisses envoient un signal trompeur à notre corps, l’amenant à se préparer à un été précoce, même en plein hiver.
« Du point de vue du corps, les graisses saturées nous indiquent que l’été approche », explique le directeur de recherche, Louis Ptacek, cité dans un communiqué de presse. « Le corps reçoit le signal qu’il y a une abondance de nourriture et qu’il est temps de stocker de l’énergie pour les mois maigres de l’hiver. » En d’autres termes, un régime riche en graisses saturées incite notre organisme à privilégier le stockage des graisses plutôt que leur combustion.
Cette réaction est régulée par une protéine appelée PER2, qui agit comme un interrupteur entre le métabolisme des graisses et notre horloge biologique interne. Lorsque l’alimentation est riche en graisses saturées, PER2 envoie un signal de stockage. À l’inverse, en présence de graisses insaturées – que l’on trouve dans les graines, les noix et les huiles végétales – PER2 favorise la combustion des graisses. « L’alimentation et la durée de la journée influencent notre comportement saisonnier, ce qui est compréhensible », souligne Ptacek. « Un ours qui remarque que les jours raccourcissent, mais qui trouve quand même beaucoup de baies, continuera à manger aussi longtemps qu’il le peut. »
Pour étayer leurs conclusions, les chercheurs ont mené des expériences sur des souris de laboratoire. Ils ont simulé les saisons en modifiant progressivement la durée de l’exposition à la lumière, passant de 20 heures de lumière par jour (été) à 20 heures d’obscurité (hiver). Les souris nourries avec un régime alimentaire normal se sont adaptées sans difficulté à ces changements. Cependant, celles qui consommaient une alimentation riche en graisses ont présenté des perturbations de leur rythme naturel, devenant actives plusieurs heures après le coucher du soleil.
L’étude a également identifié les graisses hydrogénées – présentes dans les biscuits, les chips et les plats préparés – comme étant particulièrement problématiques. « Ces graisses garantissent que les souris ne ressentent plus les longues nuits d’hiver », précise Dan Levine, un des chercheurs. « Et cela soulève la question de savoir si la même chose arrive aux personnes qui consomment beaucoup de snacks (ultra) transformés. »
Selon les chercheurs, notre mode de vie moderne contribue également à ce déséquilibre. L’éclairage artificiel, la disponibilité constante d’aliments riches en calories et l’absence de véritables contraintes saisonnières perturbent notre rythme biologique ancestral. Nos corps, habitués à un cycle d’abondance et de disette, sont constamment trompés par cette abondance permanente.
Les perturbations des rythmes biologiques sont déjà associées à divers problèmes de santé, tels que les troubles du sommeil, l’obésité, le diabète et les troubles de l’humeur. Les chercheurs pensent que la perturbation de notre rythme saisonnier pourrait jouer un rôle important dans ces phénomènes. Ils suggèrent que des ajustements alimentaires – en réduisant la consommation de graisses saturées – ainsi qu’une exposition plus modérée à la lumière artificielle et une recherche accrue de lumière naturelle pourraient aider à rétablir un équilibre.
Les effets de ces perturbations peuvent être subtils. Même une petite quantité d’aliments riches en graisses peut suffire à induire un signal saisonnier erroné. « Un biscuit au beurre peut se transformer en deux biscuits fourrés le lendemain, parce que vous avez induit votre horloge biologique en erreur. Votre corps pense que c’est l’été et qu’il doit s’approvisionner pour l’hiver », avertit Levine.
Bien que cette étude ait été menée sur des souris, les chercheurs sont convaincus que les résultats sont pertinents pour les humains. Ils espèrent que des recherches supplémentaires permettront de développer de nouvelles stratégies de traitement pour lutter contre l’obésité et le diabète, en se concentrant sur la restauration de l’équilibre des rythmes biologiques saisonniers. En attendant, leur conseil reste simple : modération avec les aliments d’hiver riches en graisses et privilégier une alimentation pauvre en graisses saturées. Un peu de réconfort hivernal ne fera pas de mal, à condition de ne pas tromper son horloge biologique.
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