Home MondeEntretien – Sharon Bong

Entretien – Sharon Bong

by Clara Dubois

L’essor de l’intelligence artificielle, le changement climatique et l’engagement intergénérationnel sont au cœur des débats actuels dans le domaine des études de genre et de sexualité en Asie du Sud-Est, selon Sharon A. Bong, professeure à l’Université Monash de Malaisie.

Spécialiste des questions de genre, de sexualité et de religion, Sharon A. Bong a fondé le premier cursus de premier cycle en études de genre à l’Université Monash de Malaisie et dirige actuellement la recherche des études supérieures au sein de la faculté des arts et des sciences sociales (SASS). Auteure de « Becoming Queer and Religious in Malaysia and Singapore » (2020) et co-éditrice de « Gender and Sexuality Justice in Asia » (2020), elle a également occupé des fonctions de consultante et de coordinatrice pour l’Ecclesia of Women in Asia, un forum universitaire de théologiennes féministes catholiques en Asie.

Dans ses recherches, Sharon A. Bong explore les tensions entre les droits des femmes et les normes religieuses, notamment à travers le concept de « relativisme critique ». Elle explique que ce concept, qu’elle a elle-même théorisé, permet de comprendre comment les militantes des droits des femmes naviguent entre les droits humains universels et les traditions culturelles et religieuses. « Imposer un cadre de droits peut sembler une approche moins compliquée, mais comme d’autres études l’ont montré, elle est beaucoup moins percutante et efficace », souligne-t-elle. Elle prend l’exemple du port du hijab, où le respect du droit de choisir coexiste avec la signification religieuse que peut revêtir ce voile pour certaines femmes.

Elle souligne également l’importance de décoloniser les discours sur les droits de l’homme, souvent imprégnés de laïcité. Selon elle, ignorer le rôle de la religion et de la culture dans les décisions individuelles, en particulier en matière de santé sexuelle et reproductive (SSR), limite notre compréhension et notre capacité à faire progresser les droits des femmes. « De nombreuses décisions importantes sont substantiellement influencées par la culture, la tradition, les normes et les valeurs religieuses », explique-t-elle.

Sharon A. Bong observe que l’activisme féministe en Asie du Sud-Est tend à « spiritualiser la politique et à politiser la spiritualité ». Les militantes utilisent ainsi la religion comme un outil de résistance et d’affirmation de la justice de genre, en proposant par exemple des interprétations alternatives des textes sacrés pour promouvoir l’acceptation des personnes LGBTQ+. Elle reconnaît toutefois que cet activisme se heurte à des réactions négatives, allant des discours de haine aux menaces de mort.

Elle met en évidence l’influence de la religion sur les politiques et les cadres juridiques des États d’Asie du Sud-Est, créant à la fois des défis et des opportunités pour la justice de genre et la SSR. Elle insiste sur la nécessité d’un dialogue entre les différents acteurs, y compris les décideurs politiques et religieux, pour trouver un terrain d’entente et faire progresser les droits des femmes et des minorités sexuelles.

Enfin, Sharon A. Bong encourage les jeunes chercheurs en relations internationales à suivre leur passion et à explorer des voies moins conventionnelles. « Garder le cap et suivre mon cœur m’a conduit vers des opportunités que je n’imaginais pas encore à l’époque », témoigne-t-elle, rappelant que son travail sur l’intersection des droits et des religions, initialement perçu comme atypique, lui a ouvert des perspectives enrichissantes.

You may also like

Leave a Comment