Publié le 12 janvier 2026 12h02:00. L’engouement pour Spotify Wrapped, la rétrospective annuelle des habitudes d’écoute, semble s’essouffler, laissant place à une réflexion sur la pression de la performance sociale et l’authenticité de nos goûts musicaux.
- L’obsession d’avoir un “bon” Spotify Wrapped pousse certains à modifier leurs habitudes d’écoute pour paraître plus “cool”.
- Les fonctionnalités axées sur la personnalité, comme l’âge d’écoute, ont suscité des réactions mitigées, voire décevantes.
- La diminution de l’enthousiasme autour de Wrapped reflète une remise en question de la musique comme simple marqueur d’identité.
Le phénomène Spotify Wrapped, qui consiste à partager une compilation visuelle de ses statistiques d’écoute de l’année écoulée, a connu un succès fulgurant dès 2021. Les utilisateurs étaient alors ravis de découvrir leurs artistes et chansons les plus écoutés, et n’hésitaient pas à partager leurs résultats sur les réseaux sociaux. Mais depuis, un sentiment de malaise semble se développer, alimenté par la pression de se conformer à une certaine image et la crainte de ne pas avoir un profil suffisamment intéressant.
L’auteure de ces lignes se souvient d’une première expérience enthousiaste en 2021, suivie d’une hésitation grandissante l’année suivante. Elle décrit un effort inconscient pour orienter ses choix musicaux vers des artistes plus “branchés”, dans l’espoir d’obtenir un Wrapped plus valorisant. Cette obsession a finalement conduit à une réflexion sur la valeur intrinsèque de la musique et sur la manière dont elle est perçue par les autres.
« Cette tendance à nous étiqueter et à catégoriser nos goûts dans de jolies petites cases est sûrement exploitée par Spotify Wrapped lui-même. »
Cette pression sociale s’inscrit dans un contexte plus large de performance et d’auto-représentation. Nous adaptons notre comportement en fonction de notre interlocuteur, et sommes de plus en plus fascinés par les tests de personnalité, qu’il s’agisse d’astrologie ou des célèbres questionnaires Buzzfeed. Spotify Wrapped s’inscrit dans cette logique, en proposant une sorte de “profil d’écoute” qui peut être partagé et commenté.
L’introduction de l’âge d’écoute en 2022, puis en 2025, a particulièrement alimenté cette dynamique. Si certains ont pris cela avec humour, d’autres ont ressenti une forme de déception ou d’inconfort. L’auteure confie avoir perdu une partie de sa fierté en apprenant que son âge d’écoute était de vingt-six ans, se demandant si cela ne signifiait pas que ses goûts n’étaient pas assez “raffinés”. Comme le soulignait The Guardian, cette fonctionnalité est devenue une invitation à se demander si nos goûts musicaux étaient “insaisonnés” ou “prétentieux”.
L’édition 2024 de Spotify Wrapped a été particulièrement critiquée. Un article de Forbes rapportait un sentiment général de déception, dû à l’utilisation de catégories “absurdes” et à un manque de créativité dans la présentation des données. L’enthousiasme initial s’est estompé, et les partages sur les réseaux sociaux ont été moins nombreux.
« La qualité cette année s’est sûrement améliorée par rapport à l’année dernière, mais j’ai remarqué que l’élan s’estompait. »
Pour l’année à venir, l’auteure se promet de privilégier le plaisir d’écouter de la musique, sans se soucier de l’image qu’elle renvoie. Elle souhaite se concentrer sur les émotions positives que la musique lui procure, plutôt que de se demander si une chanson particulière la fait paraître plus jeune ou plus âgée. L’objectif est de retrouver une relation plus authentique et personnelle avec la musique, libérée de la pression de la performance sociale.
Même si Spotify Wrapped 2025 a introduit un “Club d’écoute”, c’est la fonctionnalité de l’âge d’écoute qui a suscité le plus de discussions, non pas par son intérêt, mais par son manque de clarté. La question fondamentale qui se pose est finalement la suivante : pourquoi cet âge d’écoute est-il important ? Il devient donc essentiel de se recentrer sur les raisons pour lesquelles nous écoutons de la musique et sur l’importance de l’apprécier pour ce qu’elle est : une forme d’art personnelle et subjective.