Alors que la Réserve fédérale américaine entreprend une refonte massive de la surveillance bancaire pour alléger les contraintes des prêteurs, la Suisse renforce les exigences de fonds propres pour UBS. Cette divergence réglementaire illustre deux visions opposées de la stabilité financière mondiale face aux risques systémiques et politiques.
Wall Street et l’offensive pour une dérégulation pérenne
cluster (priority): Le Revenu
Les grandes institutions financières américaines ne se contentent plus des concessions réglementaires actuelles. Elles cherchent désormais à verrouiller le système. Selon des informations rapportées par Boursorama, les banques de Wall Street exercent une pression constante sur la Réserve fédérale pour que les récents assouplissements de la surveillance deviennent impossibles à inverser par de futures administrations.
Cette stratégie de pérennisation répond à une crainte politique majeure. Les prêteurs anticipent que des administrations démocrates pourraient chercher à annuler ces réformes. Pour éviter tout retour en arrière, les banques réclament une clarification juridique formelle du nouveau cadre de surveillance.
L’un des changements les plus notables concerne la réduction de l’utilisation des « points nécessitant une attention particulière » (MRA). Cet outil, qui permettait aux inspecteurs de contraindre les banques à corriger leurs faiblesses de gestion, est désormais largement délaissé par les régulateurs de l’administration actuelle. En affaiblissant ces leviers de contrôle, les autorités modifient profondément la capacité de la Fed à intervenir rapidement en cas de dérive des risques.
Cette volonté de graver les réformes dans le marbre est également soulignée par Le Revenu, qui note la discrétion mais la constance de cette pression exercée sur le banquier central américain.
Un changement de culture au sein de la Réserve fédérale
Sous l’impulsion de Michelle Bowman, vice-présidente de la Fed chargée de la supervision, la direction de l’institution semble opérer un basculement idéologique. L’objectif affiché est de simplifier un régime de surveillance jugé hostile et coûteux par le secteur privé.
Toutefois, ce virage ne fait pas l’unanimité parmi les observateurs de la politique monétaire. Le changement de paradigme est perçu par certains experts comme un transfert de pouvoir institutionnel.
Elle tente de modifier la culture de supervision de la Fed et de faire pencher la balance du pouvoir … en faveur de la direction des banques.
Secret bancaire suisse : comment les États-Unis ont brisé l’omerta Documentaire Monde – RTS
Todd Baker, chercheur senior au Richman Center for Business, Law and Public Policy de l’université Columbia
Ce glissement vers une autonomie accrue des banques intervient dans un contexte de restructuration majeure de la surveillance bancaire, la plus importante depuis la crise financière de 2008.
La « Lex UBS » : un rempart contre le risque systémique suisse
cluster (priority): news.google.com
À l’opposé de la tendance américaine, la Suisse choisit la voie de la prudence renforcée pour protéger son économie nationale. Les autorités fédérales travaillent sur la « Lex UBS », une réglementation visant à s’assurer que l’établissement zurichois dispose de fonds propres de la plus haute qualité pour couvrir l’intégralité de la valeur de ses filiales étrangères.
L’enjeu est de protéger la maison mère helvétique contre les pertes générées par ses activités internationales. Actuellement, la structure de capital d’UBS présente une vulnérabilité que les régulateurs souhaitent corriger. Selon Le Temps, la couverture actuelle par les fonds propres durs (CET1) ne s’élève qu’à environ 45 % de la valeur comptable des filiales à l’étranger.
Le risque de contagion est mathématique. Si une filiale étrangère subit une perte, la capacité d’absorption de la maison mère est limitée par ce ratio de capital :
Scénario de perte d’une filiale
Part absorbée par le CET1 (fonds propres)
Charge restante pour la maison mère en Suisse
Perte de 1 franc
45 centimes
55 centimes
Cette configuration oblige la maison mère à supporter une part importante des risques, ce qui pourrait déstabiliser l’ensemble du système financier suisse. En augmentant les exigences de capital, les autorités veulent s’assurer que les actionnaires, et non les contribuables, supportent les pertes, évitant ainsi de répéter le scénario de la crise de Credit Suisse.
L’ampleur de l’enjeu est considérable : le bilan d’UBS représente presque le double du produit intérieur brut de la Suisse. Pour une banque systémique globale de cette taille, la gestion de l’exposition internationale n’est plus une simple question de gestion de risque, mais une question de souveraineté économique.
Amélie Bernard traite l’économie, les entreprises, les marchés et les transformations du travail. Son approche relie les chiffres, les décisions publiques et leurs effets dans la vie quotidienne.