Home DivertissementEven Happy Birthday has a dark side: my quest to tell the history of the world in 50 pieces of music | Classical music

Even Happy Birthday has a dark side: my quest to tell the history of the world in 50 pieces of music | Classical music

by Antoine Girard

Des mélodies universelles aux chants de propagande, l’histoire de la musique révèle les contradictions de l’humanité. Un nouvel ouvrage explore cette complexité à travers cinquante pièces emblématiques, démontrant comment une même composition peut incarner à la fois l’espoir et la terreur.

L’idée de condenser des millénaires d’histoire musicale – et même les sons primordiaux de la Terre – en un seul livre de cinquante morceaux pouvait sembler absurde. Pourtant, c’est le défi que s’est lancé Tom Service, dont l’ouvrage, A History of the World in 50 Pieces, ne se veut ni une histoire exhaustive de la musique, ni une simple liste de préférences personnelles.

Le point central de cette exploration réside dans la définition même de ce qu’est une « œuvre musicale ». Service défend un principe démocratique : une œuvre ne saurait appartenir à son créateur seul, mais est façonnée et réinterprétée par des générations de musiciens, transcendant le temps, la géographie et les avancées technologiques. Une œuvre, selon lui, n’existe pas dans une version définitive – qu’il s’agisse d’un enregistrement, d’une performance ou d’une partition – mais se renouvelle constamment, l’expérience de l’œuvre appartenant à quiconque l’interprète ou l’écoute.

Cette perspective ouvre la voie à des connexions inattendues. Avant d’écrire ce livre, l’auteur n’aurait pas imaginé les échos entre Beethoven, Mildred et Patty J. Hill, et Chostakovitch. Pourtant, ces compositeurs ont tous créé des œuvres qui révèlent ce qui se passe lorsque l’on rêve d’utopies musicales et que l’on compose des mélodies pour le monde entier.

Prenons l’exemple de la Neuvième Symphonie de Beethoven, surnommée « Chorale ». Le dernier mouvement témoigne de la nécessité pour Beethoven de dépasser les limites de l’instrumentation pour exprimer pleinement son message. L’« Ode à la joie » émerge d’abord comme un hymne confié aux violoncelles et aux contrebasses, avant d’envahir l’orchestre tout entier et de laisser place au chœur. Cette mélodie est le thème central de Beethoven, mettant en musique le texte proto-révolutionnaire de Friedrich Schiller. C’est un appel à la compassion universelle, une philosophie humaniste qui imprègne toute son œuvre.

L’« Ode à la joie » a résonné lors des manifestations étudiantes de la place Tiananmen à Pékin, le 4 mai 1989. Mais cette mélodie, bien que semblant apolitique, peut être associée à n’importe quelle idéologie. Elle a été utilisée pour célébrer les espoirs de liberté et de démocratie à Tiananmen, chantée après la chute du mur de Berlin en 1989, où le mot « Freude » (joie) était remplacé par « Freiheit » (liberté).

Cependant, elle a également été détournée par les nazis, qui, selon le biographe de Beethoven, Jan Swafford, ont transformé le message de fraternité universelle en un appel à l’extermination de ceux qu’ils considéraient comme des « non-frères ». L’« Ode à la joie » est aujourd’hui l’hymne de l’Union européenne, mais elle fut également l’hymne national de la Rhodésie sous l’apartheid. Staline lui-même l’a qualifiée de « musique idéale pour les masses ». Le succès – et le revers – de la mélodie de Beethoven réside dans le fait qu’il a réalisé son souhait : elle est devenue trop facilement mobilisable pour la propagande politique, quels que soient les idéaux de son créateur.

L’histoire de « Joyeux Anniversaire » illustre également cette complexité. Composée à l’origine par Mildred et Patty J. Hill comme un simple chant de bienvenue pour leurs élèves de maternelle (« Good Morning to All »), la mélodie a été transformée en chanson d’anniversaire dans les années 1890, lors d’un séjour dans une cabane du Kentucky. Grâce à l’imprimerie, aux premières technologies de diffusion et à son caractère entêtant, elle est devenue la mélodie la plus reconnaissable au monde.

Mais l’histoire de « Joyeux Anniversaire » est aussi celle d’une bataille juridique et d’une cupidité corporative. Les sœurs Hill souhaitaient que leur composition appartienne au domaine public, mais après 1933, suite à son utilisation dans la comédie musicale d’Irving Berlin, As Thousands Cheer, des avocats et des éditeurs ont commencé à réclamer des droits d’auteur. En 1988, Warner Chappell a acquis les droits de la mélodie pour 22 millions de dollars (environ 16 millions d’euros), générant un revenu estimé à 2 millions de dollars (environ 1,5 million d’euros) par an grâce à son utilisation dans les médias et les lieux publics. Ce n’est qu’en 2016, grâce à la cinéaste Jenn Nelson, qui a gagné un procès affirmant que la mélodie appartenait à tous ceux qui la chantaient, que la chanson est redevenue juridiquement et musicalement un bien commun, comme Patty J. Hill l’avait toujours souhaité.

Les mélodies universelles peuvent aussi révéler les aspects les plus sombres de la nature humaine. La Septième Symphonie de Chostakovitch, « la symphonie de Leningrad », a été créée dans cette ville assiégée en 1942, dans des conditions extraordinaires. Au début, la musique semble conventionnelle, mais elle se dissout rapidement en lignes mélodiques isolées d’instruments à vent. C’est à ce moment de calme apparent que la symphonie prend un tournant sinistre. Un rythme militaire lancinant sur un tambour accompagne une mélodie simple et répétitive à la flûte, qui prend de l’ampleur jusqu’à devenir un torrent orchestral.

Cette mélodie satirique, délibérément simpliste, est basée sur une composition de Franz Léhar, un compositeur favori d’Hitler. Le thème de « Nous allons à Maxim’s », tiré de l’opérette légère La Veuve joyeuse, semble vouloir écraser la symphonie, à l’image de ce que les nazis tentaient de faire à Leningrad. Mais il y a plus. Chostakovitch a déclaré : « La musique ne peut jamais être littéralement liée à un thème. Cette musique parle de toutes les formes de terreur, d’esclavage, de l’oppression de l’esprit. » Sa pièce ne portait pas seulement sur le nazisme, « mais aussi sur notre [système russe], ou sur toute forme de régime totalitaire. »

Cette partie de la symphonie est une expérience traumatisante dont le reste de l’œuvre tente de se relever. Le finale, quant à lui, célèbre l’optimisme initial dans un spectacle orchestral époustouflant de victoire difficilement acquise. C’est ainsi que la symphonie a été interprétée par les auditeurs du monde entier pendant la Seconde Guerre mondiale, après que la partition ait été microfilmée et secrètement acheminée hors de Russie.

Aujourd’hui, la symphonie est l’objet de controverses. On oppose Chostakovitch, le compositeur et défenseur de la liberté, à celui utilisé par le régime de Poutine dans les années 2020 à des fins de propagande nationaliste. En août 2022, lors d’un concert marquant le 80e anniversaire de la symphonie, Poutine a déclaré : « La Symphonie de Leningrad de Chostakovitch continue de susciter les sentiments les plus forts chez les nouvelles générations. Elle leur permet de partager l’amertume de la perte et la joie de la victoire, l’amour de la patrie et la volonté de la défendre. »

Poutine en faisait de Chostakovitch et des jeunes musiciens qui l’interprétaient des soldats de substitution, participant au même effort de guerre qui envoie la jeunesse russe au front. Parallèlement, dans le reste du monde, la symphonie est jouée pour incarner la résistance à l’autocratie et au despotisme représentés par la Russie de Poutine.

Ces mélodies appartiennent au monde entier, reflétant notre histoire complexe. Cette création musicale collective reflète l’ensemble de l’humanité : elle ne sera pas limitée aux interprétations que certains individus voudraient imposer, aussi louables et vertueuses soient-elles. Pour le meilleur et pour le pire, elle englobe l’intégralité de ce que nous sommes.

A History of the World in 50 Pieces: The Classical Music That Shapes Us par Tom Service est publié aux éditions Ebury (25 £). Pour soutenir The Guardian, commandez votre exemplaire sur guardianbookshop.com. Des frais de livraison peuvent s’appliquer.

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