Le 20 mai 2026, un premier groupe de neuf migrants ouest-africains est arrivé en Sierra Leone, expulsé des États-Unis sous l’égide d’un nouvel accord bilatéral. Cette opération illustre la stratégie de l’administration Trump visant à accélérer les renvois vers des pays tiers, impliquant déjà au moins neuf nations africaines.
L’arrivée de la première vague à l’aéroport de Lungi
cluster (priority): RFI
L’avion transportant les premiers expulsés s’est posé à l’aéroport international de Lungi, en périphérie de Freetown, le mercredi 20 mai. Si les premières communications officielles évoquaient un groupe de 25 individus, le décompte final est plus restreint. Selon les informations rapportées par TV5MONDE, les passagers étaient au nombre de neuf : un Sénégalais, deux Guinéens, un Nigérian et cinq Ghanéens.
À leur sortie de l’appareil, les migrants — sept hommes et deux femmes — ont été escortés par la police sierra-léonaise vers un minibus. Le climat était marqué par une détresse visible. Doris Bah, responsable au ministère de la Santé, a décrit des individus
Doris Bah, via TV5MONDE
Le ministre des Affaires étrangères et de la Coopération internationale, Timothy Musa Kabba, a tenu à préciser la nature de cet accueil.
Timothy Musa Kabba, via TV5MONDE
Le cadre financier et opérationnel du TNCA
Migrants Deported to Sierra Leone In Latest 3rd Party Deportation Wave
Ce dispositif, officiellement nommé « Third Country National Agreement » (TNCA), repose sur une coopération migratoire et humanitaire entre Washington et Freetown. L’accord est strictement encadré pour éviter une arrivée massive et incontrôlée. Les termes prévoient un plafond de 25 personnes expulsées par mois, ne dépassant pas 300 individus par an.
Le financement de cette opération ne repose pas sur le budget de l’État sierra-léonais. Comme l’explique RFI, Washington a débloqué une enveloppe de 1,5 million de dollars pour couvrir les frais humanitaires, l’hébergement temporaire et les procédures de rapatriement.
Capacité mensuelle : maximum 25 personnes.
Capacité annuelle : maximum 300 personnes.
Durée de séjour prévue : entre 14 et 30 jours (bien que certains documents mentionnent un droit de séjour allant jusqu’à 90 jours).
Origine des migrants : exclusivement des ressortissants de la CEDEAO.
Malgré ces garanties, l’opacité entourant l’accord suscite l’inquiétude de la société civile locale. Abdul M. Fatoma, directeur de l’ONG Campaign for Human Rights and Development International, craint notamment l’absence de garanties claires concernant le suivi des migrants une fois leur séjour temporaire terminé.
Une diplomatie de transaction et ses paradoxes
cluster (priority): La Presse
Au-delà de la Sierra Leone, cette politique s’inscrit dans une vision plus large de l’administration américaine. Le département d’État a clairement exprimé que son objectif n’est pas de gérer les migrations, mais de favoriser la « remigration », un concept largement porté par la droite américaine. Selon les analyses publiées par La Presse, cette stratégie de renvoi massif vers des pays tiers s’accélère à travers le continent.
Cette approche de « diplomatie transactionnelle » mène à des situations géographiquement et politiquement singulières. Le déploiement de ces accords crée des décalages frappants :
Pays d’accueil
Profil des migrants expulsés
Contexte observé
Sierra Leone
Ressortissants d’Afrique de l’Ouest
Accord TNCA (CEDEAO uniquement)
République démocratique du Congo
Ressortissants d’Amérique latine
Hébergement au complexe Venus Village à Kinshasa
États-Unis (Réception)
Afrikaners d’Afrique du Sud
Exception pour 10 000 réfugiés blancs
En République démocratique du Congo, le président Félix Tshisekedi a qualifié l’accueil de migrants latino-américains de simple
Félix Tshiseketi, via DW
assurant que le pays n’accueillerait aucun criminel. Pourtant, comme le souligne DW, cette politique de renvoi de personnes vers des zones géographiques étrangères à leur origine — comme des Cubains ou des Birmans vers le Soudan du Sud — alimente les critiques sur l’éthique de ces accords opaques.
L’exception notable reste le cas des Afrikaners. Alors que l’administration Trump durcit les expulsions vers l’Afrique, elle s’est déclarée prête à accueillir 10 000 Sud-Africains blancs, invoquant une situation d’urgence pour ces réfugiés, une décision qui fragilise les relations diplomatiques avec Pretoria.
Clara Dubois suit l’actualité internationale, les affaires diplomatiques et les grands équilibres géopolitiques. Son travail met l’accent sur le contexte, les faits vérifiables et les conséquences concrètes des événements mondiaux.