Francfort a vibré au son de Bach cette semaine, avec une interprétation rafraîchissante de l’Oratorio de Noël à l’Alte Oper. L’événement a mis en lumière le talent de jeunes solistes et d’un orchestre spécialisé dans la pratique des instruments historiques, offrant une expérience à la fois fidèle à l’esprit baroque et résolument moderne.
La Grande Salle de l’Alte Oper était comble, l’attente palpable tandis que les musiciens accordaient leurs instruments. L’œuvre a pris vie avec la clarté cristalline d’une trompette et les voix pures du Chœur de garçons de la cathédrale d’Augsbourg, entonnant un joyeux « Réjouissez-vous, réjouissez-vous ». L’acoustique particulière de la salle, bien différente de celle des églises ou monastères où Bach composait, a concentré l’attention du public.
L’Oratorio a bénéficié de la participation de solistes prometteurs. Le ténor Daniel Johannsen, reconnu pour son expertise de Bach, a incarné l’Évangéliste avec une dévotion touchante, racontant l’histoire de la naissance du Christ et de l’adoration des bergers. À ses côtés, la basse Lisandro Abadiele, également enseignant à l’École Cantorum de Bâle, a apporté une profondeur particulière à ses interprétations. Les parties de soprano et d’alto ont été assurées par de jeunes garçons du chœur.
L’Orchestre B’Rock de Gand, fondé en 2005, a joué un rôle essentiel dans cette interprétation. En utilisant des instruments d’époque, l’ensemble a rappelé les pratiques musicales du XVIIIe siècle tout en insufflant une nouvelle énergie à l’œuvre de Bach. Le chef d’orchestre Stefan Steinemann, le plus jeune directeur musical et organiste de cathédrale d’Allemagne, a su guider l’ensemble avec sensibilité, mettant en valeur l’expressivité des instrumentistes, notamment les parties de violon et de violoncelle.
L’interprétation a été ponctuée de moments particulièrement émouvants, comme le duo entre un garçon soprano et la basse, interprétant les versets « Seigneur, ta compassion, ta miséricorde / Réconforte-nous et libère-nous ». Les ajustements d’accordage entre chaque cantate, bien que nécessitant une pause, ont permis au public de savourer pleinement chaque nuance.
Le concert a culminé avec la quatrième cantate, célébrant l’Épiphanie avec l’ajout de timbales et de trompettes. L’histoire du massacre des enfants d’Hérode a résonné avec force, les solistes s’élevant dans un appel poignant : « Maintenant, que veulent la terreur de l’enfer ? Que veulent nous faire le monde et la terreur lorsque nous nous reposons entre les mains de Jésus ? »
Pour Stefan Steinemann, qui a débuté sa carrière musicale au sein du Chœur de garçons de la cathédrale d’Augsbourg, Bach est bien plus qu’un compositeur : il est une source d’inspiration essentielle, un pont entre la musique, l’art et la religion. Sans Bach, et sans les jeunes musiciens qui perpétuent son héritage, la vie serait, selon lui, une erreur.
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