Depuis plus de quarante ans, Christophe Castaing tire les filets sur le bassin d’Arcachon, perpétuant une tradition familiale qui remonte à dix générations. Au fil des marées, ce pêcheur emblématique nous livre les secrets de son métier, entre savoir-faire ancestral et défis contemporains.
Le port d’Arcachon s’éveille doucement à la fin septembre. Au ponton numéro 16, Christophe Castaing prépare sa journée, un rituel qu’il a appris à aimer, même s’il envisageait initialement une carrière de pâtissier. La mer, finalement, l’a rappelé à l’ordre, forte du poids de l’héritage familial. « Dans ma famille, on est pêcheur depuis dix générations », explique-t-il simplement.
Une fois en mer, Christophe reproduit les gestes de ses ancêtres. Il attend le moment propice, entre la marée haute et la marée basse. « On a toujours 15 à 20 minutes de battement durant lesquelles il n’y a plus de courant. Je travaille toujours à l’étale de la marée pour poser mes filets. Ils sont assez hauts, ça évite qu’ils se couchent », détaille-t-il en manoeuvrant son bateau vers le large.
Sa technique de pêche, appelée pêche au loup, est partagée par une vingtaine de confrères sur le bassin. « Je fabrique un escargot avec mon filet pour créer un piège. Si le poisson voit le filet, il va le longer et se faire prendre dans l’escargot au bout. S’il ne le voit pas, il se fera prendre directement », décrit-il. La solidarité règne entre les pêcheurs, même face à la concurrence. « J’ai un collègue qui est arrivé avant moi, donc je lui laisse l’endroit. Je ne vais pas me battre pour une place, on posera ailleurs », sourit-il.
Les filets restent immergés entre 20 minutes et une heure, le temps d’attirer le poisson. Christophe remonte ensuite ses prises avec espoir, vérifiant la taille de chaque spécimen. « Ça, c’est la daurade royale, le poisson de saison », montre-t-il avant de relâcher une daurade rayée jugée trop petite. « Il faut qu’elle atteigne cette trace sur ma table pour qu’elle soit assez grande. Là, elle repart à l’eau. »
Cette année, le bassin d’Arcachon semble particulièrement riche en maigres et en daurades royales, mais les daurades marbrées se font plus rares. La journée s’annonce tout de même fructueuse. « Nous n’avons pas loin de 150 kg de poisson sur trois marées, c’est bien », se réjouit-il. Il insiste sur l’importance de la juste valeur des produits de la mer. « Il faut que les poissonniers jouent le jeu. Quand on vend le maigre à 4 ou 5 euros le kilo et qu’on le retrouve à 20 euros en poissonnerie, ce n’est pas correct. »
De retour au port, Christophe Castaing troque sa tenue de pêcheur contre celle de marchand pour vendre ses prises à la criée. L’approche de la retraite ne l’effraie pas. « Le plaisir de faire perdurer le métier est toujours là », confie-t-il avec un sourire, ajoutant que la fatigue s’efface devant la satisfaction de travailler sur le bassin, « surtout quand il fait beau comme aujourd’hui ». Il souligne enfin que les difficultés rencontrées par les pêcheurs ne sont pas sans rappeler celles du monde agricole.
Pour aller plus loin
