Des manifestants se sont rassemblés à Bangkok le 16 octobre 2026 pour rejeter les appels du FMI et de la Banque mondiale à l’austérité budgétaire. Alors que 191 pays participent aux assemblées annuelles, des agriculteurs et des ONG dénoncent des politiques qui aggravent la pauvreté et alourdissent la dette publique.
La capitale thaïlandaise abrite cette semaine les assemblées annuelles du Fonds monétaire international et de la Banque mondiale. Cet événement réunit plus de 15 000 délégués et hauts responsables économiques de 191 pays. À l’extérieur du Centre national des congrès Reine Sirikit, les rues résonnent d’un message radicalement opposé.
Près d’un millier de manifestants, emmenés par l’Assemblée des pauvres et rejoints par des délégations internationales de La Via Campesina, protestent contre les injonctions à l’assainissement budgétaire exigées des pays en développement.
Le parcours de Sombat Chuekrod et la mobilisation de l’Assemblée des pauvres à Bangkok
Le 16 octobre, un cortège d’environ 500 personnes s’est mis en marche depuis le parc Lumphini vers le site des réunions officielles. Sombat Chuekrod, producteur de noix de coco âgé de 51 ans, a parcouru plus de 200 kilomètres.
Il est venu porter la contestation sous les bannières du mouvement réclamant une réforme des institutions de Bretton Woods.

Sombat Chuekrod, producteur de noix de coco, a déclaré que le FMI et la Banque mondiale devaient repenser leur rôle.
Il a ajouté que les Thaïlandais étaient déjà pauvres et a demandé qu’on ne les rende pas encore plus pauvres.
Les manifestants ont formalisé six revendications principales adressées aux deux institutions financières internationales :
- Annuler les dettes des pays à revenu faible et intermédiaire confrontés à des crises de la dette.
- Permettre un contrôle public de la dette extérieure contractée par les gouvernements.
- Mettre fin aux subventions accordées aux grandes entreprises et réorienter ces fonds vers des systèmes agricoles agroécologiques.
La défense de la discipline budgétaire par le FMI face à la contestation
Face à ces critiques, les dirigeants du FMI maintiennent que la discipline budgétaire s’impose pour juguler les déséquilibres mondiaux. Après des années de crises successives allant de la pandémie de Covid-19 aux conflits en Ukraine et au Moyen-Orient, l’institution estime que les niveaux de dette publique sont devenus intenables.

Petya Koeva Brooks, directrice adjointe du département de la recherche du FMI, a justifié cette ligne auprès de l’AFP.
Les pays n’ont pas d’autre choix que de rééquilibrer leurs finances publiques, soit en réduisant leurs dépenses, soit en augmentant leurs recettes.
Petya Koeva Brooks, directrice adjointe du département de la recherche du FMI, via France 24
Le Fonds recommande un ciblage plus strict des subventions accordées à l’énergie et à l’alimentation.
La directrice générale du FMI, Kristalina Georgieva, a annoncé la mobilisation de plus de 100 millions de dollars de nouveaux engagements pour le développement des capacités économiques.
Cela représente environ un quart des dépenses annuelles de l’organisation dans ce domaine. L’encours global de crédit du FMI atteint 240 milliards de dollars, tandis que sa capacité de prêt inutilisée s’élève à environ 720 milliards de dollars.

La mise en garde d’Oxfam et la voix des pays en développement
Les organisations non gouvernementales rejettent fermement cette logique d’austérité, avertissant qu’elle frappe directement les populations les plus vulnérables. Amitabh Behar, directeur exécutif d’Oxfam, a mis en garde contre une urgence des inégalités.
Cela entraînera davantage de hausses de prix et pourrait conduire à la faim. Nous verrons de nouvelles réductions dans les dépenses de santé, d’éducation et de protection sociale de base (…) au moment même où ces dispositifs sont les plus nécessaires.
Amitabh Behar, directeur exécutif d’Oxfam, via France 24
Cette préoccupation est partagée par d’autres acteurs internationaux et locaux.
Lidy Nacpil, organisatrice des manifestations, dénonce des gouvernements du Sud global contraints de sacrifier les services essentiels pour honorer des dettes jugées illégitimes.
Des délégations comme celle du Forum du Justiciable ont porté à Bangkok les revendications de l’Afrique et du Sénégal. Des délégations comme celle-ci ont plaidé pour des mécanismes de financement plus adaptés et respectueux des réalités locales.
Alors que les réunions de Bangkok se poursuivent jusqu’au 18 octobre, les manifestants campent sous un échangeur routier de la capitale, déterminés à peser sur la structure et l’orientation des politiques de développement économique.