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Football: les clubs d’Autriche manquent

by Camille Renault

Publié le 6 octobre 2025 19h30. Le football autrichien traverse une période de turbulences, malgré la récente qualification de l’équipe nationale pour la Coupe du Monde. Une baisse de compétitivité des clubs, un manque de formation des jeunes talents et une dépendance croissante aux joueurs étrangers préoccupent les acteurs du football local.

  • Le coefficient UEFA de l’Autriche est en chute libre, menaçant le nombre de places qualificatives pour les compétitions européennes.
  • Les clubs autrichiens peinent à rivaliser sur la scène internationale, et la proportion de joueurs autrichiens dans la Bundesliga diminue.
  • Un débat s’ouvre sur la nécessité de réformer la formation des jeunes joueurs et de valoriser les talents locaux.

Alors que l’équipe nationale autrichienne a connu un succès inattendu en se qualifiant pour la Coupe du Monde, une ombre plane sur le football de club du pays. Les performances récentes des équipes autrichiennes en Ligue Europa et en Ligue des Conférences sont alarmantes, avec des défaites cuisantes comme le 4-1 de Rapid Vienne face à Lech Poznań (Pologne) et le 0-5 de Sturm Graz contre Bodö/Glimt (Norvège). Ces résultats contrastent fortement avec la victoire récente de Sturm Graz contre les Glasgow Rangers (2-1) en Ligue Europa, qui apparaît désormais comme une exception.

Cette baisse de régime se traduit par une dégringolade au classement UEFA sur cinq ans, crucial pour déterminer le nombre de places attribuées aux clubs autrichiens dans les compétitions européennes. En 2022, l’Autriche occupait encore la huitième place, mais elle menace désormais de sortir du top 15. Une telle situation réduirait le nombre de clubs qualifiés pour les coupes d’Europe à quatre, au lieu des cinq actuels.

L’Autriche se retrouve actuellement à la 30e place du classement UEFA, derrière des nations comme le Kazakhstan, l’Azerbaïdjan et l’Islande. Cette situation est d’autant plus préoccupante que les clubs autrichiens ont tendance à recruter de plus en plus de joueurs étrangers, sans pour autant améliorer significativement le niveau de jeu.

Andreas Herzog, ancien international autrichien (103 sélections), estime que le succès de l’équipe nationale a créé une illusion de prospérité.

« Après avoir réalisé de belles performances, comme lors de l’Euro l’année dernière dans un groupe difficile avec la France, les Pays-Bas et la Pologne, on a tendance à penser que tout continue. »

Andreas Herzog, ancien joueur de l’équipe nationale

Herzog souligne également le manque d’investissement dans la formation des jeunes joueurs, notamment ceux qui pourraient suivre les traces d’Alaba et d’Arnautovic. Il insiste sur l’importance de se concentrer sur le développement des talents locaux plutôt que sur le recrutement de joueurs étrangers.

Dietmar Kühbauer, entraîneur du WAC, partage cet avis. Il met en garde contre le risque de voir les jeunes joueurs perdre le goût du dribble et de la créativité s’ils sont orientés trop tôt vers un jeu basé sur la tactique et la physique.

« Si nous continuons à spécialiser les joueurs dès l’âge de dix ou douze ans, nous allons nous retrouver dans une situation difficile à l’avenir. »

Dietmar Kühbauer, entraîneur du WAC

Les observateurs regrettent le manque de joueurs dotés de qualités techniques exceptionnelles, capables de faire la différence individuellement, comme Nikolaus Wurmbrand ou Sanel Salic (19 ans).

Selon Peter Schöttel, directeur sportif de l’ÖFB (Fédération autrichienne de football), il est essentiel de promouvoir les jeunes talents dans les clubs. Cependant, il reconnaît que les entraîneurs sont souvent soumis à une pression importante pour obtenir des résultats immédiats, ce qui peut les dissuader de prendre des risques en donnant leur chance à des joueurs moins expérimentés.

« Si l’on attend d’un entraîneur qu’il développe des joueurs, on se trompe d’adresse. Un entraîneur doit avant tout gagner le prochain match, et s’il échoue, il risque de perdre son emploi. »

Peter Schöttel, directeur sportif de l’ÖFB

La proportion de joueurs autrichiens dans la Bundesliga a considérablement diminué au cours des dernières années, passant de 75% il y a onze ans à moins de 50% aujourd’hui. Des clubs comme Bodö/Glimt (Norvège) et le FC Bruges (Belgique) misent davantage sur leurs joueurs nationaux, ce qui contraste avec la tendance observée en Autriche.

Les clubs autrichiens ont également tendance à privilégier les transferts de jeunes talents étrangers, comme l’a illustré le cas de Rasmus Höjlund, transféré par Sturm Graz à Atalanta Bergamo pour un montant dix fois supérieur à celui de son acquisition initiale. Cette stratégie, bien que lucrative, limite les opportunités offertes aux jeunes joueurs autrichiens.

Le système de “pot autrichien”, mis en place il y a plus de 20 ans pour soutenir la formation des jeunes joueurs, a perdu de son importance en raison des revenus générés par les transferts de joueurs étrangers. Steffen Hoffmann, directeur sportif de Rapid Vienne, estime qu’il est nécessaire de réformer ce système pour qu’il puisse à nouveau jouer un rôle majeur dans le développement du football autrichien.

« Il doit s’agir d’un fonds destiné aux jeunes joueurs qui ont encore la possibilité d’intégrer l’équipe nationale. »

Steffen Hoffmann, directeur sportif de Rapid Vienne

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