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Gabon renforce sa gouvernance minière pour diversifier son économie post-pétrole

by Amélie Bernard
L'obsolescence des outils fiscaux et l'alerte du FMI

Le Gabon accélère sa transition économique en renforçant le contrôle étatique sur son secteur minier pour compenser le déclin du pétrole. Entre l’interdiction d’exporter le manganèse brut d’ici 2029 et la modernisation des outils de suivi fiscal préconisée par le FMI, Libreville cherche à transformer ses ressources en valeur ajoutée locale.

L’obsolescence des outils fiscaux et l’alerte du FMI

Le diagnostic est sans appel : le Gabon ne sait pas précisément combien son secteur minier rapporte. Comme le rapporte Sika Finance, le Fonds Monétaire International (FMI) estime que l’appareil statistique actuel est incapable de capturer la contribution réelle de l’industrie extractive. Cette opacité fiscale est un risque majeur alors que le pays tente de pivoter son économie. Le problème réside dans l’utilisation d’outils dépassés. L’État s’appuie encore sur le modèle MEGA++ datant de 2011, un système incapable de modéliser une économie où la valeur n’est plus seulement dans l’extraction, mais dans la transformation. Pour y remédier, le FMI préconise l’adoption du “Macroframework Foundations Tool” (MFT) et d’un nouveau modèle de projection (MPM). Ces outils sont essentiels pour intégrer les chocs industriels et éviter que la valeur ajoutée créée localement ne disparaisse des radars du Trésor Public. L’inefficacité n’est pas seulement comptable, elle est physique. En 2023, la vétusté des infrastructures ferroviaires a été le principal frein à la croissance du secteur. Le goulot d’étranglement de l’évacuation de la production a limité les revenus, rendant impérative l’intégration de données logistiques infra-annuelles pour mieux piloter l’économie.

L’impératif de transformation locale d’ici 2029

L'impératif de transformation locale d'ici 2029
cluster (priority): Sika Finance
Le gouvernement gabonais a franchi une étape décisive en actant l’interdiction d’exporter le manganèse brut d’ici 2029. Cette mesure impose une transformation locale systématique, marquant la fin d’un modèle extractif pur pour passer à une logique industrielle. L’enjeu est un changement total de paradigme fiscal. L’État souhaite passer d’une fiscalité basée sur la quantité de minerai extrait à une fiscalité basée sur la valeur transformée. Cette mutation va bouleverser les flux de devises et la structure des recettes fiscales, rendant la surveillance du FMI encore plus critique pour garantir que les bénéfices de cette industrialisation profitent réellement au développement national.

La diversification vers le fer de Belinga et la potasse de la Banio

GABON ÉCONOMIE LE SECTEUR MINIER, STRATÉGIQUE POUR LE DÉVELOPPEMENT DU PAYS
Le manganèse de Moanda ne constitue plus l’unique pilier de la stratégie minière. Libreville multiplie les offensives pour diversifier son portefeuille, notamment à travers des projets d’envergure comme l’exploitation du fer de Belinga et de la potasse de la Banio. Ces projets géants sont désormais des variables de croissance majeures. Pour sécuriser ces ressources souveraines, l’État a récemment lancé un projet de montée au capital d’Eramet. Selon Financial Afrik, ce renforcement de la gouvernance minière vise à instaurer un contrôle plus direct sur les fleurons industriels. Si ces nouvelles concessions sont mal modélisées dans les prévisions à moyen terme, le risque d’écarts budgétaires colossaux est réel. La capacité du Gabon à dompter mathématiquement cette expansion déterminera la réussite de sa transition post-pétrole.

Former la relève : l’immersion des jeunes à la Comilog

L’industrialisation ne peut réussir sans un capital humain adapté. C’est l’objectif des Journées découvertes organisées par la Compagnie minière de l’Ogooué (Comilog) les 12 et 13 mai 2026. Comme le rapporte Union Sonapresse, 120 jeunes participants, avec une parité stricte de 60 filles et 60 garçons, ont été immergés dans les réalités d’une mine moderne. Les élèves ont parcouru l’ensemble de la chaîne de valeur, des plateaux miniers de Bangombé et d’Okouma jusqu’aux centres de gestion technologique. Le parcours a inclus :
  • Le Laboratoire de la zone industrielle pour l’analyse d’échantillonnage.
  • Le PC Gare pour le stockage du minerai.
  • L’IROC « Moulebé », le centre de gestion des opérations intégrées.
  • Le Complexe Industriel de Moanda (CIM) et le Complexe Métallurgique de Moanda (CMM) pour la transformation.
Ce programme s’inscrit dans une volonté de rompre avec l’image archaïque de l’extraction.

“La vision ‘Le nouveau visage de la mine’ incarne notre volonté de valoriser un secteur industriel moderne, connecté et durable. Nous tenons à démontrer à la jeunesse gabonaise la diversité des métiers présents et futurs dont regorge une industrie minière.”

Former la relève : l'immersion des jeunes à la Comilog
cluster (priority): Union Sonapresse
Responsable de la Comilog
En connectant la stratégie macroéconomique du FMI et la réalité du terrain à Moanda, le Gabon tente de construire un écosystème où la souveraineté sur les ressources s’accompagne d’une expertise technique locale. Le succès de ce pari dépendra de la rapidité avec laquelle l’État pourra moderniser ses outils de suivi et ses infrastructures ferroviaires.

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