La téléthérapie, de plus en plus répandue, n’échappe pas aux défis de l’attention dispersée. Si la possibilité de gérer des tâches quotidiennes pendant une séance peut sembler pratique, elle risque de diluer l’efficacité des soins, tant pour le patient que pour le thérapeute.
Il arrive que, au cours d’une consultation en ligne, un thérapeute marque une pause, interrompu par le bruit discret d’un clavier ou un regard fuyant vers un second écran. Le patient est techniquement présent, mais les distractions s’accumulent : un courriel urgent, le cycle de la machine à laver, une notification sur son téléphone. Soudain, la session se partage entre le dialogue thérapeutique et une multitude d’autres préoccupations.
Pour le thérapeute, cette situation peut évoquer le sentiment de s’adresser à une personne physiquement présente, mais mentalement ailleurs. Les réflexions profondes sont retardées, des questions essentielles passent inaperçues, et la conversation reste superficielle, loin des sujets qui motivent la consultation.
Cependant, l’attention divisée en téléthérapie n’est pas toujours négative. Elle peut parfois être un élément facilitateur. Un patient peut, par exemple, partager son écran tout en construisant un monde imaginaire ou en dessinant, trouvant ainsi une forme de stabilité et de concentration. Cette approche n’est pas si différente que de jouer à un jeu simple avec un adolescent en face à face, pendant une discussion difficile, pour désamorcer la tension et faciliter l’expression.
On parle alors d’attention divisée adaptative : l’activité secondaire soutient la conversation plutôt que de la concurrencer. À l’inverse, le défilement incessant sur les réseaux sociaux, la consultation des courriels ou l’exécution de tâches ménagères pendant la thérapie tendent à éloigner le patient de lui-même. Le multitâche devient alors une forme d’évitement, un bouclier contre les émotions, et une attention divisée contre-productive.
Ronke Lawal, fondatrice de Wolfe, une plateforme d’IA neuroadaptative, aborde l’attention en thérapie numérique comme un système dynamique, et non comme un simple interrupteur. Son travail, basé sur les neurosciences informatiques, permet d’analyser l’attention en temps réel, en combinant les signaux vidéo, audio, textuels et interactifs. L’objectif n’est pas de supprimer les distractions, mais de remodeler l’environnement pour favoriser un état d’attention propice à la compréhension et à la régulation émotionnelle.
Ce système NeuroAI peut quantifier la cohérence entre les différents canaux de communication du patient – langage, rythme de frappe, pauses – et estimer la “bande passante” mentale allouée à la thérapie par rapport aux distractions. Il peut ainsi déterminer si une activité secondaire stabilise l’attention ou la fragmente.
En pratique, cela permet aux cliniciens de redéfinir la notion de “présence”. Au lieu de considérer un patient qui griffonne ou joue tranquillement comme étant distrait, ils peuvent désormais évaluer si ce mouvement ou cette tâche l’aide à rester concentré. Des études récentes montrent que l’agitation et les petits mouvements répétitifs peuvent améliorer la concentration chez les personnes atteintes de TDAH.
Cette approche est particulièrement pertinente pour la génération Z et les jeunes adultes, habitués au traitement parallèle de l’information. Pour certains, une activité en arrière-plan peut fonctionner comme une tâche à double attention, similaire à la méthode EMDR qui associe un souvenir traumatique à une focalisation externe pour rendre le traitement plus sûr.
L’IA ne remplace pas le jugement clinique, mais l’affine. Elle fournit aux cliniciens une image plus nuancée de l’attention du patient, leur permettant d’adapter leur approche et d’optimiser l’efficacité des soins. Cela ouvre la voie à une version des soins numériques qui tient compte des spécificités de chaque individu et qui utilise le médium numérique de manière constructive.
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