Publié le 5 novembre 2025 à 16h45. Le créateur de Game of Thrones, George R.R. Martin, et d’autres auteurs ont obtenu le feu vert pour poursuivre OpenAI et Microsoft, accusant ces entreprises d’avoir utilisé leurs œuvres protégées par le droit d’auteur pour entraîner leur intelligence artificielle ChatGPT sans autorisation.
- Un juge fédéral de Manhattan a autorisé une action collective en justice contre OpenAI et Microsoft.
- Les plaignants, dont George R.R. Martin, estiment que ChatGPT reproduit des éléments de leurs œuvres de manière substantielle.
- Cette affaire s’inscrit dans un débat plus large sur les limites de l’utilisation de l’intelligence artificielle et la protection du droit d’auteur.
La bataille juridique contre les géants de l’intelligence artificielle s’intensifie. George R.R. Martin, l’auteur à succès de la saga Game of Thrones, et une vingtaine d’autres écrivains ont franchi une étape importante dans leur lutte pour la protection de leurs droits d’auteur. Un tribunal fédéral de Manhattan a donné son accord pour que leur poursuite contre OpenAI, la société à l’origine de ChatGPT, et Microsoft, son partenaire technologique, puisse se poursuivre.
Au cœur de l’accusation : l’utilisation non autorisée des œuvres de ces auteurs pour alimenter l’apprentissage de ChatGPT. Les plaignants affirment que l’IA a été entraînée sur leurs textes protégés par le droit d’auteur, lui permettant de générer des contenus qui imitent leur style et leurs univers narratifs.
L’élément déclencheur de cette décision judiciaire a été une expérience menée par les avocats des auteurs. Ils ont demandé à ChatGPT de créer une suite à l’un des romans de George R.R. Martin, « A Clash of Kings ». La réponse de l’IA a été frappante : elle a produit un récit intitulé « Danse des ombres », qui reprenait des éléments clés de l’univers de Martin, comme une nouvelle héritière Targaryen et une magie ancienne liée aux dragons. Cette capacité à recréer des éléments spécifiques de l’œuvre de l’auteur a soulevé des questions cruciales sur la manière dont ChatGPT avait acquis ces connaissances.
Cette affaire n’est pas isolée. Dès septembre 2023, George R.R. Martin et 17 autres auteurs, dont Michael Chabon, Ta-Nehisi Coates et Sarah Silverman, avaient déjà exprimé leur inquiétude face à ce qu’ils considéraient comme une exploitation systématique de leurs œuvres par les technologies d’IA générative. L’Authors Guild, un syndicat d’écrivains, a pris en charge le dossier, dénonçant un « vol systématique à grande échelle » et l’absence de compensation pour les auteurs.
Plusieurs mois avant le procès, ces auteurs, rejoints par des figures comme Margaret Atwood et Nora Roberts, avaient adressé une lettre ouverte aux grandes entreprises technologiques, exprimant leurs préoccupations. Ils dénonçaient « l’injustice inhérente à l’exploitation de nos œuvres dans le cadre de vos systèmes d’IA sans notre consentement, notre crédit ou notre compensation ». Ils soulignaient que ChatGPT ne se contentait pas d’apprendre de leurs livres, mais qu’il était désormais capable de les reproduire.
Le litige avec OpenAI et Microsoft s’inscrit dans un contexte plus large de contestations juridiques concernant l’utilisation du droit d’auteur par les intelligences artificielles. Récemment, en début d’année 2025, la société Anthropic a accepté de verser 1,5 milliard de dollars à des auteurs pour régler un différend similaire, évitant ainsi un procès. Cette transaction suggère que les entreprises technologiques sont prêtes à négocier pour éviter des décisions de justice qui pourraient créer un précédent contraignant.
Cependant, les décisions judiciaires ne sont pas toujours unanimes. En Angleterre, la Haute Cour a estimé que Stability AI n’avait pas violé le droit d’auteur en utilisant des images de Getty Images pour entraîner son modèle d’IA, une décision qui a suscité l’inquiétude des créateurs européens. Le débat sur le « fair use » (utilisation équitable) reste central : les entreprises technologiques arguent que l’entraînement de leurs modèles constitue une utilisation transformatrice des œuvres, comparable à l’indexation des contenus par les moteurs de recherche, tandis que les créateurs dénoncent une appropriation massive qui remplace, plutôt que compléter, l’œuvre originale. Plus d’informations sur le débat sur l’utilisation équitable.
En toile de fond, un conflit qui ne fait que commencer, et dont l’issue déterminera l’avenir de la création à l’ère de l’intelligence artificielle.
En-tête | Gage Skidmore
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