Dublin, fin du XIXe siècle : la nouvelle série de Netflix, « House of Guinness », plonge au cœur des intrigues familiales et des tensions sociales qui ont marqué l’ascension de la célèbre brasserie irlandaise. Créée par Stephen Knight, le scénariste à succès de « Peaky Blinders », cette saga historique ambitieuse explore les secrets et les ambitions d’une dynastie à l’heure de la révolution industrielle.
L’histoire débute en 1868, avec le décès de Sir Benjamin Lee Guinness, figure emblématique de la brasserie et homme politique influent. Ses funérailles sont menacées par les membres de la Fraternité des Fenians, un mouvement républicain radical dirigé par Patrick Cochrane (interprété par Seamus O’Hara). Des affrontements éclatent dans les rues de Dublin, mais Sean Rafferty (James Norton), le fidèle directeur de la famille Guinness, parvient à disperser les émeutiers avec l’aide des employés de l’entreprise, permettant ainsi au cortège funèbre de se dérouler paisiblement.
Cependant, la menace demeure. Les révolutionnaires préparent un attentat incendiaire contre la brasserie, tandis qu’Ellen Guinness (Niv McCormack), la sœur pragmatique de Benjamin, tente désespérément de les dissuader. Au sein de la famille, les tensions sont également vives, alors que les quatre enfants de Sir Benjamin attendent avec impatience la lecture du testament, qui déterminera leur avenir.
Arthur (Anthony Boyle), l’aîné, aspire à s’affranchir des conventions sociales. Edward (Louis Patridge), le cadet, est obsédé par les affaires familiales. Annie (Emily Fern), la seule fille, veille sur ses frères et tente de maintenir l’unité familiale. Et Benjamin (Fionn O’Shea), le benjamin, sombre dans l’alcool et l’irresponsabilité. Chacun d’eux porte ses propres ambitions et ses propres démons.
Stephen Knight, après avoir exploré l’Angleterre post-Première Guerre mondiale avec « Peaky Blinders » et l’ère de la Régence avec « Taboo », s’aventure dans le Dublin victorien. Chaque épisode s’ouvre sur une mention précisant qu’il s’agit d’une œuvre de fiction inspirée de faits réels, une manière pour les créateurs de se prémunir contre toute accusation d’inexactitude historique.
L’idée de cette série est née d’Ivan Lowell, un descendant de la famille Hop, qui, après avoir regardé « Downton Abbey », a imaginé que l’histoire de sa propre famille pourrait servir de base à une adaptation cinématographique. Six ans plus tard, ce projet a pris forme grâce à la collaboration avec Stephen Knight.
« House of Guinness » se présente comme un mélange des ambiances de « Peaky Blinders » et de « Succession », mais ne parvient pas tout à fait à atteindre la qualité de ces deux séries. Le drame manque parfois de profondeur, l’étude des personnages est superficielle et le pathos est absent. Le créateur semble avoir privilégié le divertissement à la monumentalité.
Néanmoins, la série séduit par son esthétique soignée. Les costumes et les décors sont particulièrement réussis, et les réalisateurs Tom Shankland et Munia Akl ont su rendre compte des contrastes sociaux entre l’aristocratie Guinness et la vie précaire des membres de la Fraternité des Fenians. La ville de Dublin, plongée dans la suie et la boue de la révolution industrielle, est dépeinte avec une atmosphère saisissante, évoquant parfois les jeux vidéo « Assassin’s Creed Syndicate ».
Stephen Knight ne néglige pas pour autant le contexte historique. Le Dublin de la seconde moitié du XIXe siècle était une ville en pleine effervescence, où les revendications politiques, les mouvements radicaux et l’industrialisation se côtoyaient. La série explore les tensions entre la richesse et la pauvreté, la philanthropie et l’exploitation, et les mariages de convenance et les amours interdites.
La distribution, bien que ne comptant pas de stars établies, offre des performances convaincantes. James Norton incarne avec force le personnage de Sean Rafferty, prêt à tout pour protéger les intérêts de la famille Guinness. Anthony Boyle et Louis Patridge sont crédibles dans les rôles des frères Arthur et Edward, tiraillés entre leurs ambitions personnelles et leurs responsabilités familiales. Jack Gleeson, connu pour son rôle de Joffrey dans « Game of Thrones », apporte une touche de malice au personnage d’un Guinness illégitime, envoyé en Amérique pour défendre les intérêts de l’entreprise.
« House of Guinness » ne se veut pas une biographie historique rigoureuse, mais plutôt un feuilleton divertissant qui explore les thèmes de la famille, du pouvoir et de la richesse. Si l’on accepte cette prémisse, la série offre un spectacle captivant, qui ne manquera pas de susciter des débats et des controverses.
