Les Golden Globes ont tenté de se réinventer, mais leur 83e cérémonie, diffusée dimanche soir, a laissé un sentiment mitigé : entre récompenses crédibles et tentatives maladroites de modernité, le résultat apparaît confus.
La soirée a été marquée par le triomphe de « One Battle After Another » de Paul Thomas Anderson, qui a remporté les prix du meilleur réalisateur, du meilleur scénario, du meilleur acteur dans un second rôle (Teyana Taylor) et du meilleur film – comédie ou musical. De son côté, « Hamnet » de Chloé Zhao a été couronné meilleur film – drame, grâce notamment aux discours poignants de Zhao et de l’actrice principale, Jessie Buckley.
Ces choix, largement considérés comme mérités, témoignent d’une volonté de récompenser des œuvres pertinentes dans un contexte mondial troublé. Ils s’inscrivent dans une logique de continuité avec les favoris, sans chercher à privilégier la notoriété des acteurs, comme c’était parfois le cas par le passé.
Cependant, cette nouvelle orientation, fruit d’un changement radical de la composition du jury après un scandale et un boycott, semble hésitante. Les organisateurs semblent vouloir conserver l’ambiance décontractée et festive des précédentes cérémonies, tout en affichant une image plus sérieuse et crédible. Un équilibre difficile à trouver, qui s’est traduit par des moments parfois forcés et maladroits.
La soirée a été émaillée de quelques décisions déconcertantes. Le prix du meilleur succès cinématographique et au box-office, créé il y a trois ans, semble désormais servir de consolation pour les films qui n’ont pas remporté d’autres récompenses (« Barbie », « Wicked », « Sinners »). L’introduction d’une nouvelle catégorie dédiée aux podcasts, illustrée par une phrase pessimiste sur le déclin du cinéma, a également suscité des interrogations. Sans oublier les références constantes à Polymarket, une plateforme de prédiction en ligne, devenue partenaire des Golden Globes.
Sur une soirée consacrée à des films explorant la perte et la brutalité, ces digressions ont semblé déplacées et artificielles.
Le changement de jury est au cœur de cette nouvelle approche. Les 90 journalistes basés à Los Angeles et travaillant pour des publications internationales ont été remplacés par 399 critiques, dont près de 90 % sont basés en dehors des États-Unis. Cette nouvelle composition, plus transparente avec la publication des noms, des crédits et des biographies des votants sur le site web des Golden Globes, favorise les films appréciés par la critique plutôt que ceux qui attirent les stars à Beverly Hills.
Cette évolution s’est traduite par une représentation inédite de films non anglophones dans la catégorie du meilleur film – drame, avec la présence de « It Was Just an Accident » (Iran), « Sentimental Value » (Norvège) et « The Secret Agent » (Brésil). Dans la catégorie du meilleur film – comédie ou musical, « No Other Choice » (Corée du Sud) et « Nouvelle Vague » (film francophone) ont également obtenu une nomination.
Si les films internationaux n’ont pas dominé la liste des vainqueurs, Wagner Moura, acteur principal de « The Secret Agent », a remporté le prix du meilleur acteur dans un film dramatique, devançant Michael B. Jordan (« Sinners »). Cette surprise rappelle la victoire de Fernanda Torres l’année précédente, dans la même catégorie. Il est à noter que le nouveau jury des Golden Globes comprend un nombre important de critiques sud-américains, en particulier brésiliens.
Dans l’ensemble, les résultats des Golden Globes se sont avérés similaires à ceux des Critics Choice Awards et des Emmy Awards, sans réelle surprise. Reste à savoir si cette nouvelle formule répond aux attentes de CBS, qui a signé un accord de diffusion jusqu’en 2029.
La soirée pourrait néanmoins avoir des répercussions sur les votes des Oscars, qui se déroulent cette semaine. Le discours chaleureux et touchant de Jessie Buckley pourrait influencer les électeurs, malgré une gaffe musicale lors de son arrivée sur scène (Stevie Wonder’s “Isn’t She Lovely” a été diffusé, un choix peu pertinent compte tenu de la performance intense de l’actrice). « The Secret Agent » et « Sentimental Value » pourraient également bénéficier d’une attention accrue de la part des votants des Oscars.
En revanche, dans les catégories télévisées, l’influence des votants internationaux est moins perceptible, car les choix se sont alignés sur ceux de la Television Academy : neuf des onze catégories des Golden Globes ont récompensé les mêmes personnes ou programmes que les Emmy Awards, quatre mois plus tôt.
Les vainqueurs étaient méritants, mais la cérémonie a manqué de fluidité et de dynamisme. Les surprises ont été rares. La question demeure : quelle direction les Golden Globes prendront-ils à l’avenir ?
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