Home SantéGueule de bois de l’UE : davantage de taxes sur l’alcool (déjà imposées)

Gueule de bois de l’UE : davantage de taxes sur l’alcool (déjà imposées)

by Sophie Martin

Publié le 18 octobre 2024 à 06h02. La Commission européenne envisage une série de nouvelles taxes sur des produits de consommation courante comme le tabac et le vin, sous la pression de l’Organisation mondiale de la santé, suscitant des inquiétudes quant aux conséquences pour les producteurs européens, notamment en Italie et en France.

  • Bruxelles pourrait imposer une taxe sur le vin pour la première fois, en parallèle d’une volonté d’éliminer la consommation de tabac.
  • Ces mesures interviennent alors que les exportations italiennes vers les États-Unis sont déjà pénalisées par des taxes douanières.
  • L’Union européenne est accusée de privilégier des accords commerciaux qui profitent principalement à l’Allemagne, au détriment des intérêts des pays producteurs.

Sous la présidence d’Ursula von der Leyen, l’Union européenne semble vouloir marquer les esprits en matière de santé publique et d’environnement, mais cette approche suscite de vives critiques. La Commission européenne réfléchit à une augmentation des prix des bouteilles d’alcool et envisage même une taxe spécifique sur le vin, une première. Parallèlement, elle se penche sur des mesures drastiques pour décourager la consommation de tabac, allant jusqu’à l’élimination pure et simple de ce produit.

Cette offensive se déroule à l’approche de la COP 11, qui se tiendra dans un mois à Genève, et vise à faire bonne impression auprès de l’Organisation mondiale de la santé (OMS). L’OMS, en effet, insiste pour que l’Union européenne agisse, notamment en introduisant des droits d’accises sur le vin, alors qu’ils n’existent pas depuis 1992. Elisabete Weiderpass, responsable de la recherche sur le cancer à l’OMS, a explicitement demandé à l’UE de prendre des mesures pour limiter la consommation de vin, qu’elle considère comme cancérigène. Cette position contraste avec les nombreuses études qui mettent en avant les bienfaits d’une consommation modérée de vin sur la santé, notamment dans les populations méditerranéennes.

L’annonce de ces potentielles taxes a provoqué une levée de boucliers, en particulier en Italie et en France, deux des principaux producteurs de vin et de tabac en Europe. L’Italie est le premier producteur européen de tabac, avec 50 000 tonnes (représentant 31 % du marché), et emploie 110 000 personnes dans ce secteur. Elle est également le premier vignoble du continent, avec environ 42 millions d’hectolitres produits. La France, de son côté, est également un acteur majeur de la production viticole. Ces pays craignent que ces nouvelles taxes ne mettent en péril leur économie et ne désavantagent leurs producteurs face à la concurrence internationale.

Les critiques ne s’arrêtent pas là. Certains observateurs dénoncent un manque de cohérence dans la politique de l’Union européenne, qui semble privilégier des accords commerciaux qui profitent principalement à l’Allemagne. L’Allemagne, qui ne produit pas de tabac et possède une production viticole limitée (moins de 10 millions d’hectolitres), serait ainsi avantagée par ces mesures, qui permettraient de protéger ses exportations automobiles, notamment les voitures thermiques, sur les marchés extérieurs. L’Union européenne verse également 15 millions d’euros à la chaîne d’approvisionnement en vin d’Afrique du Sud, un concurrent majeur sur le marché chinois, ce qui alimente les soupçons de favoritisme.

Par ailleurs, les exportations italiennes vers les États-Unis sont déjà affectées par des taxes douanières, ce qui aggrave la situation des producteurs italiens. Selon les dernières données, l’Italie a perdu 5 % de ses exportations de vin rouge en volume et 4,9 % en valeur, avec une baisse des prix. L’agroalimentaire italien a ainsi perdu 22 % de ses ventes aux États-Unis en août, soit 126 millions d’euros de chiffre d’affaires en moins. Dans ce contexte, l’annonce de nouvelles taxes sur le vin en Europe pourrait porter un coup supplémentaire à ce secteur, qui représente 14 milliards d’euros de chiffre d’affaires et emploie 1,5 million de personnes.

Enfin, l’Union européenne a renouvelé son accord avec Philip Morris, le géant du tabac, ce qui suscite également des interrogations. Cet accord, selon Luigi Scordamaglia de Filiera Italia, « garantit la continuité, les investissements et les perspectives de croissance à long terme jusqu’en 2034 dans un modèle vertueux de collaboration entre l’agriculture et l’industrie ». Reste à savoir si cette collaboration sera compatible avec la volonté affichée de l’Union européenne de réduire la consommation de tabac.

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