Le Haut-Commissariat au Plan (HCP) révèle que 2,9 millions de jeunes Marocains âgés de 15 à 29 ans sont actuellement hors du système éducatif et du marché du travail. Ce rapport met en lumière une fracture sociale profonde, marquée par une prédominance féminine et un manque criant de qualifications professionnelles au sein de cette population.
Un décrochage qui dépasse les moyennes régionales
Le Maroc fait face à un défi structurel majeur concernant sa jeunesse. Selon le nouveau rapport du Haut-Commissariat au Plan (HCP), le phénomène des jeunes NEET — ceux qui ne sont ni en emploi, ni en études, ni en formation — atteint des niveaux critiques. En 2023, le taux de NEET au Maroc s’établissait à 33,6 %, une statistique qui place le pays nettement au-dessus des tendances observées ailleurs.
Pour comprendre l’ampleur de cette situation, il est nécessaire de comparer ces données aux standards internationaux et régionaux. Alors que la région MENA affiche un taux avoisinant les 29 %, le Maroc dépasse déjà cette moyenne. L’écart est encore plus frappant lorsqu’on observe les pays de l’OCDE, où le taux de NEET se situe autour de 12 %, ou encore la moyenne internationale estimée à environ 23 % en 2023.
| Région / Groupe | Taux NEET (2023) |
|---|---|
| Maroc | 33,6% |
| Région MENA | environ 29% |
| International | environ 23% |
| Pays de l’OCDE | environ 12% |
L’exclusion marquée des femmes et des non-diplômés
Au-delà des chiffres globaux, l’analyse du HCP révèle des disparités qui dessinent les contours d’une crise sociale à plusieurs visages. Le premier constat est celui d’une réalité massivement féminine : les femmes représentent plus de 72 % de l’ensemble des NEET en 2023. La probabilité pour une femme d’être exclue du système est près de trois fois supérieure à celle d’un homme.
À cette inégalité de genre s’ajoute une précarité éducative alarmante. Près de trois jeunes sur quatre ne disposent d’aucun diplôme qualifiant, ce qui complique davantage leur accès au marché de l’emploi formel. Cette déconnexion entre la formation et les besoins économiques crée un cercle vicieux de marginalisation.
« Les indicateurs traditionnels, bien que déjà préoccupants – avec un taux de chômage des 15-24 ans (36,7% en 2024) atteignant des sommets – ne suffisent pas à saisir toute l’ampleur d’un phénomène plus silencieux et insidieux : celui d’une jeunesse en marge, déconnectée à la fois du système éducatif et du marché du travail. »HCP, via Challenge.ma
La difficulté d’insertion pour les 25-29 ans
Le rapport souligne également que le problème ne se résout pas automatiquement avec l’âge. Au contraire, une partie importante de cette population en marge se concentre dans la tranche des 25-29 ans, soit près de la moitié des 2,9 millions de jeunes concernés. Ce constat met en exergue la difficulté persistante de l’insertion dans la vie active, même pour ceux qui ont dépassé le stade de la fin des études secondaires.
Cette accumulation de jeunes sans activité ni formation à l’aube de leur vie professionnelle représente un risque pour la cohésion sociale. Le pays se trouve à une étape décisive : transformer son dividende démographique en moteur de croissance, ou laisser ce potentiel humain s’éroder par l’inactivité et le manque de perspectives.
Une réponse institutionnelle basée sur l’évidence
Face à l’urgence, le HCP mise sur une approche scientifique et partenariale. L’analyse repose sur l’exploitation de micro-données détaillées issues des Enquêtes Nationales sur l’Emploi (ENE). Ce travail s’inscrit dans une collaboration étroite entre le HCP et l’ Organisation internationale du Travail (OIT), dans le cadre du projet régional Youth-NEET.

L’objectif de cette synergie institutionnelle est de dépasser le simple constat statistique pour proposer des recommandations de politiques publiques opérationnelles. En s’appuyant sur des preuves statistiques ciblées, les autorités espèrent mettre en place des mesures capables de reconnecter cette jeunesse déconnectée aux circuits productifs de l’économie nationale.
