Face aux incendies qui ravagent actuellement le sud de la France, notamment en Gironde et dans les Landes autour de Biscarrosse, les secours utilisent une substance stratégique : le FireTrol 931. Ce liquide rouge, produit par l’entreprise américaine Perimeter Solutions, est actuellement le seul retardant autorisé et utilisé en France, selon Maude Mermillon, enseignante-chercheuse en chimie à l’université de Lille. Son déploiement a été renforcé récemment en Gironde par l’utilisation d’un avion militaire A400M, capable de larguer jusqu’à 20 tonnes de produit, alors que le brasier y a déjà détruit 30 000 hectares et progresse vers Bordeaux.
Un agent de ralentissement et non d’extinction
Le retardant ne doit pas être confondu avec un agent d’extinction. Selon le commandant William Vogl, de la brigade des sapeurs-pompiers du Var, son rôle est de ralentir le feu et d’en diminuer l’intensité pour permettre une action d’extinction ultérieure. Largué en amont de la ligne de feu, il vise à priver les flammes de leur carburant végétal. Maude Jimenez, professeure au département de chimie de l’IUT de l’Université de Lille, précise que le produit est souvent déposé aux interfaces entre la forêt et l’habitat pour protéger les infrastructures sensibles, les habitants et les habitations.
L’utilisation de ce produit chimique est rendue nécessaire car l’eau claire s’évapore quasi instantanément lorsqu’elle est soumise aux températures extrêmes près d’un incendie, comme l’explique Jacques Martelain, expert de justice spécialisé dans la criminalistique environnementale et la pollution des sols.
Composition chimique et fonctionnement
Bien que la formule exacte reste couverte par le secret industriel, la structure générale du FireTrol 931 est connue. Le produit est composé majoritairement d’eau, représentant entre 80 % et 90 % du mélange. Le second ingrédient principal consiste en des sels retardateurs de flammes, spécifiquement l’ammonium polyphosphate. Jean-Valère Lorenzetti, postdoctorant en chimie à l’Université de Lille, souligne que ces composés sont chimiquement proches des engrais classiques utilisés en agriculture. Ces sels créent une couche protectrice qui cantonne le feu à la surface des végétaux, ralentit la combustion et favorise la carbonisation.

Le mélange contient également d’autres additifs pour optimiser son efficacité :
- Épaississants : De la gomme guar (farine végétale), de l’argile et des gommes naturelles pour augmenter la viscosité et permettre au produit de rester accroché à la végétation.
- Inhibiteurs de corrosion : Pour protéger les équipements de largage.
- Colorant : De l’oxyde de fer, un minéral naturel, ou des pigments organiques. Cette couleur rouge ou rose a une fonction purement visuelle pour aider les pilotes et les équipes au sol à identifier les zones traitées.
Impacts environnementaux et sanitaires
L’efficacité du produit s’accompagne de préoccupations écologiques. À court terme, le retardant peut bloquer la photosynthèse des plantes recouvertes en créant un effet écran. Cependant, ce produit est ensuite biodégradé et lessivé par la pluie. Jean-Valère Lorenzetti note même que, s’agissant d’un produit proche des engrais, certaines études suggèrent un effet bénéfique sur la pousse à moyen ou long terme.

Le risque principal concerne les milieux aquatiques. L’apport excessif de phosphore et d’azote peut provoquer l’eutrophisation des cours d’eau, entraînant une prolifération d’algues qui menace les poissons et autres espèces aquatiques. Ce risque est documenté par une étude américaine de 2023 intitulée Investigating the Impacts of Ammonium Phosphate-Based Fire Retardants on Cyanobacteria (Anabaena) Growth. Il existe également des risques d’infiltration dans le sol et de pollution des nappes phréatiques, lesquelles font l’objet de contrôles réguliers.
Malgré cela, Maude Jimenez et d’autres scientifiques affirment que le retardant est très peu polluant comparé aux dommages causés par les incendies eux-mêmes, notamment les fumées et les produits cancérogènes dégagés par la combustion. Concernant la santé humaine, le produit n’est pas considéré comme toxique, bien qu’il soit un irritant léger pour la peau ainsi qu’un irritant pour les muqueuses et les yeux.
Vers des alternatives biosourcées
Pour pallier les problèmes d’eutrophisation, des recherches sont en cours à l’Université de Lille. Jean-Valère Lorenzetti travaille sur le développement de retardants 100 % biodégradables et biosourcés, formulés à partir de sous-produits agroalimentaires.
Pour aller plus loin
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