La France renouvelle sa flotte de bombardiers d’eau pour pallier le vieillissement des Canadair CL-415, avec la commande de quatre appareils DHC-515 chez De Havilland d’ici 2033. Parallèlement, trois projets industriels français — Hynaero, Positive Aviation et Kepplair — développent des alternatives pour augmenter la capacité de largage et réduire les coûts.
La flotte de Canadair CL-415 de la Sécurité civile, mise en service en 1995, s’épuise. Si douze appareils sont officiellement alignés, le vieillissement de ces bombardiers trentenaires a réduit la flotte disponible à seulement sept unités lors de certaines crises, faute de mécaniciens et de pièces détachées pour un modèle qui n’est plus produit depuis 2015.
Le plan de renouvellement : quatre nouveaux DHC-515 d’ici 2033
Pour répondre à l’urgence, l’État a lancé le renouvellement de ses douze Canadair suite à une promesse présidentielle faite en 2022. Un contrat a été signé avec le constructeur canadien De Havilland pour l’acquisition de quatre nouveaux appareils, le DHC-515. Le calendrier de livraison s’échelonne ainsi :
- 2028 : Livraison des deux premiers exemplaires, financés en partie par l’Europe.
- 2032-2033 : Livraison de deux autres unités, financées uniquement par la France.
Ces acquisitions porteront la flotte française à 16 Canadair, alors que l’un des appareils actuels est toujours en réparation après un accident survenu en Corse en 2025, rapporte BFMTV. Ces nouveaux avions seront assemblés à Istres, dans les Bouches-du-Rhône.
Hynaero et le Fregate F100 : l’ambition d’un avion neuf
La société Hynaero, basée à Istres, ne propose pas une modification d’appareil existant mais la création ex nihilo du Fregate F100. Ce projet vise une efficacité nettement supérieure au CL-415, avec une capacité de largage de dix tonnes d’eau contre six pour le Canadair, et une vitesse de 450 km/h contre 350 km/h.
Notre bombardier d’eau amphibie sera deux fois plus efficace qu’un Canadair pour un prix d’achat équivalent…
David Pincet, président d’Hynaero
L’appareil utilisera des commandes de vol électriques et deux moteurs Pratt & Whitney PW150 de 5 000 chevaux chacun. Pour l’industrialisation, Hynaero a noué des partenariats avec Leonardo et Airbus Defence & Space, et envisage un accord avec Turkish Aerospace. Après une levée de fonds de 117 millions d’euros en mars 2026, le premier vol est prévu pour début 2031, avec une mise en service à l’été 2032.
Positive Aviation et Kepplair : la conversion de l’ATR 72
Deux autres acteurs toulousains misent sur la transformation de l’ATR 72, un avion de transport régional, pour réduire les délais et les coûts. Leurs approches divergent cependant techniquement.

Positive Aviation développe le FF72, qui transforme l’ATR 72 en hydravion à flotteurs. Le PDG Eric Schmitt promet un appareil capable d’emporter deux tonnes d’eau de plus que le Canadair, pour un prix unitaire de 35 millions d’euros, soit nettement moins que les 80 millions demandés pour le modèle canadien, selon Sudouest.
De son côté, Kepplair Évolution propose le Keppler 72, qui consiste à ajouter un kit de conversion à l’ATR 72. Contrairement au Canadair, ce n’est pas un amphibie. Il utilise le système de largage KEDS développé par l’Institut de mécanique des fluides de Toulouse. C’est le projet le plus rapide : les premiers essais de largage sont visés pour fin 2026 ou début 2027, avec une commercialisation dès 2027.
L’arsenal actuel : entre écopage et ravitaillement au sol
La stratégie française repose sur la complémentarité de vecteurs aériens aux philosophies opposées. La France déploie au total 65 vecteurs aériens bombardiers d’eau, incluant une quarantaine d’hélicoptères et 8 Dash 8 Q400MR.

| Appareil | Capacité/Action | Méthode de recharge |
|---|---|---|
| Canadair CL-415 | 6 137 litres en 12 sec. | Écopage (plan d’eau) |
| Dash 8 Q400MR | 10 000 litres | Pélicandrome (au sol) |
Le Canadair est l’unique avion de série conçu dès l’origine pour les feux de forêt, capable de remplir ses réservoirs sans atterrir. Cette capacité d’écopage permet des largages à intervalles très rapprochés. À l’inverse, le Dash 8, décrit par le site Feux de forêt comme un outil pour frapper loin, frapper fort, et anticiper
, doit se poser sur un pélicandrome pour se ravitailler en eau ou en produit retardant, une opération chronophage durant laquelle l’avion reste au sol entre cinq et dix minutes, précise La Dépêche.
Les enjeux budgétaires et opérationnels
L’urgence est renforcée par la fréquence des sinistres. Le ministre de l’Intérieur a qualifié d’exceptionnelle la situation récente où 115 000 hectares ont été parcourus par les flammes depuis le début de l’année, selon leparisien.fr.

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