Les fabricants de médicaments vont pouvoir modifier la manière dont les réductions du programme 340B sont appliquées, une décision qui inquiète les hôpitaux et pourrait réduire l’accès aux soins pour les patients vulnérables. Huit propositions de plans de remise ont été approuvées par les autorités fédérales, bouleversant un système bien établi.
L’agence américaine Health Resources and Services Administration (HRSA), qui supervise le programme 340B, a annoncé jeudi l’approbation de ces plans, proposés par des géants pharmaceutiques tels que Bristol Myers Squibb et Johnson & Johnson. Ces entreprises avaient contesté devant les tribunaux les tentatives de l’administration précédente de les empêcher de mettre en œuvre leurs propres modèles de remise.
Le programme 340B, créé il y a trente ans, permet aux établissements de santé qui soignent des patients défavorisés d’acquérir des médicaments à prix réduit. Cependant, son coût a considérablement augmenté ces dernières années, suscitant des inquiétudes quant à la fraude et aux abus. Le projet pilote mis en place vise, selon la HRSA et les fabricants, à répondre à ces préoccupations.
Concrètement, les hôpitaux participants au projet pilote devront désormais demander les réductions après la délivrance des médicaments aux patients, via une plateforme informatique appelée Beacon. Cette plateforme vérifiera l’éligibilité du patient et du médicament avant que la remise ne soit accordée par le fabricant. Les fabricants devront verser les sommes dues dans un délai de dix jours, sous peine de voir leur approbation révoquée.
Les hôpitaux craignent que ce nouveau système ne crée des complications administratives et n’entraîne une diminution de leurs revenus, compromettant ainsi leur capacité à fournir des soins abordables. « Les hôpitaux doivent désormais gérer un tout nouvel ensemble de charges administratives, exigeant plus de bureaucratie et plus de paperasse, sans aucun avantage pour la capacité des patients à accéder à des médicaments à prix réduit », a déclaré Jennifer DeCubellis, directrice générale d’America’s Essential Hospitals, dans un communiqué. « Les fabricants de médicaments sont les seuls gagnants de ces modèles de remise. »
Parmi les médicaments concernés figurent des traitements coûteux et largement prescrits, tels que Stelara de Johnson & Johnson (10,4 milliards de dollars de ventes en 2023, soit près de 12 % du chiffre d’affaires total de l’entreprise) et Eliquis de Bristol Myers Squibb (9,6 milliards de dollars de ventes aux États-Unis l’année dernière, représentant plus de 28 % de son chiffre d’affaires américain). Novolog et Fiasp, deux insulines à action rapide de Novo Nordisk, sont également inclus dans le programme.
Ces médicaments avaient d’ailleurs été sélectionnés pour la négociation des prix par Medicare il y a deux ans. Les fabricants de médicaments ont activement fait pression et intenté des poursuites pour limiter la portée du programme 340B, craignant une baisse de leurs revenus. La HRSA a indiqué qu’elle pourrait étendre le projet pilote à d’autres médicaments non négociés par Medicare à l’avenir.
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