Publié le 9 octobre 2025 à 21h04. La participation de plusieurs humoristes américains à un festival de comédie controversé en Arabie saoudite suscite une vague de critiques, notamment de la part d’organisations de défense des droits de l’homme qui dénoncent le « blanchiment » du régime saoudien.
- Aziz Ansari a annoncé qu’il reverserait une partie de ses revenus à des organisations de défense de la liberté de la presse et des droits de l’homme.
- Human Rights Watch refuse les dons des humoristes participant au festival, estimant qu’ils pourraient compromettre son indépendance.
- Le festival a divisé la communauté des humoristes, certains acceptant des cachets considérables et d’autres refusant de participer en raison des préoccupations liées aux droits de l’homme.
La décision de plusieurs humoristes américains de se produire au Festival de la comédie de Riyad, en Arabie saoudite, a déclenché une vive polémique. Alors qu’Aziz Ansari justifie sa présence par la volonté de favoriser un dialogue et une ouverture, des organisations de défense des droits de l’homme dénoncent une tentative de normalisation d’un régime autoritaire. L’humoriste a déclaré qu’il reverserait une partie de sa rémunération à des organisations telles que Reporters sans frontières et Human Rights Watch, qui critiquent régulièrement le gouvernement saoudien.
Cependant, Human Rights Watch a rapidement fait savoir qu’elle ne pouvait pas accepter cette contribution. Joey Shea, chercheuse pour l’Arabie saoudite au sein de l’organisation, a déclaré :
« Même s’il est impossible pour nous d’accepter ces dons, il n’est pas trop tard pour qu’ils appellent à la libération des militants saoudiens détenus. »
Joey Shea, chercheuse pour l’Arabie saoudite à Human Rights Watch
Elle a précisé que l’organisation n’avait pas appelé au boycott du festival, mais souhaitait simplement que les humoristes utilisent leur plateforme pour exiger la libération des prisonniers d’opinion.
Cette prise de position s’inscrit dans la continuité des critiques formulées par Human Rights Watch à l’égard du régime saoudien, notamment suite au meurtre du journaliste Jamal Khashoggi en 2018. En septembre, l’organisation avait déjà souligné que les humoristes qui acceptent des sommes importantes du gouvernement saoudien ne devraient pas rester silencieux sur les questions sensibles telles que les droits de l’homme et la liberté d’expression. Arvind Ganesan, responsable de la division justice économique et droits économiques de Human Rights Watch, a insisté sur la nécessité de préserver l’indépendance de l’organisation :
« Nous sommes très soucieux de notre indépendance et de notre objectivité et ne pouvons pas accepter de financement gouvernemental, directement ou indirectement. »
Arvind Ganesan, responsable de la division justice économique et droits économiques de Human Rights Watch
Lors de son émission de fin de soirée le mardi 8 octobre, Jimmy Kimmel a interrogé Aziz Ansari sur sa décision.
« C’est un régime assez brutal », a déclaré Kimmel à propos du royaume islamique dirigé par le prince héritier Mohammed ben Salmane. « Ils ont fait beaucoup de choses horribles, horribles. »
Jimmy Kimmel, animateur de télévision
Ansari a répondu qu’il avait longuement réfléchi à cette question et qu’il considérait que sa participation pouvait contribuer à une ouverture et à un dialogue.
« Un festival de comédie était comme quelque chose qui pousse les choses à être plus ouvertes et à pousser un dialogue. Vous devez en quelque sorte choisir si vous allez vous isoler ou vous engager. Pour moi, surtout étant moi-même, étant d’origine musulmane et étant d’origine musulmane, c’était comme quelque chose dont je devrais faire partie. »
Aziz Ansari, humoriste
Le Festival de la comédie de Riyad, qui s’est déroulé du 26 septembre au 9 octobre, a mis en lumière les divergences au sein de la communauté des humoristes. Si des artistes de renom tels que Dave Chappelle, Bill Burr, Louis C.K. et Pete Davidson ont accepté des cachets pouvant atteindre 1,6 million de dollars (environ 1 500 000 euros) pour une seule représentation, d’autres, comme Shane Gillis et Atsuko Okatsuka, ont refusé de participer. Atsuko Okatsuka a révélé sur X avoir refusé l’offre en raison de l’origine des fonds et des restrictions imposées aux humoristes, notamment une clause interdisant de plaisanter sur le gouvernement, le système juridique ou les coutumes religieuses saoudiennes.
David Cross a également exprimé son indignation, critiquant vivement ses collègues qui ont participé au festival. Bill Burr, Louis C.K. et Dave Chappelle ont quant à eux défendu leur choix, arguant que leur présence pouvait contribuer à un changement positif. Chappelle a même plaisanté sur scène, affirmant qu’il était plus facile de s’exprimer en Arabie saoudite qu’aux États-Unis. Human Rights Watch a rappelé que Chappelle n’avait pas publiquement dénoncé les violations des droits de l’homme commises par le gouvernement saoudien.
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